Véritable
encyclopédie du terrorisme contemporain, le livre
d'Eric Denécé «Al-Qaeda, les nouveaux
réseaux de la terreur», est avant tout
un livre d'experts qui s'avère très utile
pour comprendre la complexité des mutations que
connaît la mouvance terroriste de Ben Laden depuis
le 11 septembre 2001. L'ouvrage possède de multiples
entrées thématiques (biographies des acteurs,
stratégies terroristes, financement, géopolitique
de la terreur, nouvelles menaces et moyens de luttes)
dont l'addition permet de dessiner le nouveau visage de
la menace terroriste et des différentes formes
qu'elle peut revêtir.
Après
une biographie détaillée des " cerveaux
du terrorisme " que sont Ben Laden et Al Zarkawi,
" le responsable opérationnel le plus actif
d'Al-Qaeda ", Eric Denécé présente
la stratégie de l'OTNG (organisation terroriste
non gouvernementale transnationale et autosuffisante)
Al-Qaeda et de sa redoutable efficacité. "
Avec Al-Qaeda, la menace islamiste a radicalement changé
de nature : elle est plus protéiforme, plus éclatée
et plus mondiale (
). Son fonctionnement n'a rien
de comparable avec les mouvements terroristes proche orientaux
des années 80, qui disposaient tous d'une base
territoriale ou d'un appui étatique. A l'image
d'Internet, Al-Qaeda est un regroupement de cellules,
sans centre de décision, sans aucune organisation
hiérarchique ni formelle " écrit
Eric Denécé qui détaille la structure
en holding du mouvement et la multiplication des réseaux
opérationnels. Autant de difficultés pour
les services de renseignement et de police contraints
de s'adapter à ces nouvelles menaces fortement
ancrées dans leurs pays respectifs et "
qui puisent leurs motivations dans des revendications
internationales et des frustrations locales ".
François Bernard Huyghe étudie pour sa part
la communication d'Al-Qaeda, résumée par
la formule " faire mourir et faire savoir ".
Une analyse minutieuse du terrorisme spectacle qui permet
à un homme seul de gagner la bataille de la communication
contre la " première société
de l'information au monde ".
Les auteurs présentent également un schéma
détaillé de la multinationale Al Qaeda,
ses modes de financement alternatifs, reviennent avec
prudence sur les soupçons de délits d'initiés
concernant les mouvements financiers précédents
le 11 septembre et les blocages qui rendent si laborieuse
sa traque financière. Ainsi l'administration Bush
n'a pu immobiliser que 200 millions de dollars d'avoirs
terroristes quand le patrimoine financier d'Al Qaida est
estimé à 20 milliards de dollars. Selon
les auteurs, " une campagne financière
américaine plus agressive risquerait de mettre
à mal l'équilibre financier international
appuyé sur des intérêts pétroliers
proches de la Maison-Blanche ".
La lutte est d'autant plus difficile depuis l'invasion
de l'Afghanistan. Le coup de pied dans la fourmilière
a largement participé de la dissémination
des terroristes dans le monde entier avec une forte percée
en Asie du Sud Est. Cet essaimage réussi, la Jemaah
Islamiyah en Indonésie ou le groupe Zarkaoui en
Irak, est sans doute le plus grand succès de Ben
Laden ; c'est la consécration de sa pépinière
de "start up" terroristes, avec le Pakistan
et l'Arabie saoudite comme pivots de cette architecture
et l'Afrique en " base de repli ". En
Europe, c'est la Grande Bretagne qui sert de relais pour
l'organisation. La France est, elle, dans une situation
particulière. Travaillant sur la menace islamiste
depuis plus de 25 ans, Paris a été le premier
à dénoncer le fondamentalisme religieux
comme le danger majeur du 21è siècle, pour
autant certaines banlieues demeurent des " viviers
de recrutement actif ". Les services de renseignement
estiment que ce sont 300 à 500 Français
qui ont rallié le camp Al-Qaeda.
Les auteurs reviennent également sur l'échec
présumé de la CIA en ce qui concerne l'infiltration
d'Al-Qaeda et qualifient de "mythe" le
"dénuement total de la CIA" en
matière de sources humaines. La lutte a largement
porté ses fruits, les terroristes n'ont ainsi pu
réaliser qu'une infime partie de leurs projets
et la coopération internationale a permis de démanteler
l'équipe historique d'Al-Qaeda. Reste que ces succès
laissent " entrevoir une lutte de très longue
haleine " tant les " terroristes tirent avantage
d'une asymétrie naturelle qui favorise leurs actions
".
Par
Régis Soubrouillard - Janvier 2005
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