On
ne présente plus Xavier Raufer et Alain Bauer.
Ces deux spécialistes de la géopolitique
et de la sécurité des multinationales se
sont à nouveau penchés sur le phénomène
terroriste international. En prenant pour base la première
édition de leur étude publiée en
février 2002, ils valident et confirment leurs
diagnostics d'alors sur l'évolution de la situation
internationale
et donnent leur vision des moyens
à mettre en oeuvre pour enrayer l'escalade du terrorisme
et de la guerre planétaire.
Et
si les grandes puissances avaient fait fausse route depuis
dix ans ? Et si l'armada technologique, les armes surpuissantes,
étaient en réalité d'une complète
inutilité face à un nouveau type de conflit
? Des questions troublantes qu'osent poser Xavier Raufer,
spécialiste de géopolitique et du terrorisme
et Alain Bauer, criminologue et expert de la sécurité
des multinationales, dans leur récent essai
La guerre ne fait que commencer. Leur postulat de
base n'est ni plus ni moins qu'une remise en cause de
la vision des conflits mondiaux tels qu'ils sont envisagés
depuis la Seconde Guerre mondiale. Forts des prévisions
établies au lendemain du 11 septembre 2001 dans
la précédente édition de ce même
essai, les auteurs dressent un tableau parfois troublant
des politiques de défense des grandes puissances.
Ce faisant, ils avancent un certains nombres de pistes
qui pourraient permettre une véritable prise de
conscience des lacunes des stratégies de défense
mis en place depuis dix ans.
Pour
ces deux spécialistes de géopolitique, la
tragédie du 11 septembre 2001 et ses conséquences
trouvent leurs racines dans une période récente,
qui a suivi la fin du bloc soviétique, «
dans la parenthèse historique qui s'ouvre par la
chute du Mur de Berlin et se referme, justement, par celle
des deux tours du World Trade Center ». C'est
précisément à cette époque
que s'est jouée la crise qui se profile aujourd'hui
: «[
] Cette période d'un peu plus
d'une décennie est marquée par un fait majeur,
longtemps masqué et, par conséquent, ignoré
ou nié : l'absence d'adaptation [des] forces de
sécurité (défense, renseignement)
au nouveau chaos mondial ». Un constat particulièrement
vrai pour la désormais seule superpuissance toujours
existante : les Etats-Unis d'Amérique. Un géant
à la force colossale, mais inadaptée pour
les auteurs : « Les armes bâties grâce
à [des] efforts humains et financiers colossaux
étaient conçues pour des affrontements aéro-terrestres
rares mais à grande échelle, impliquant
des Etats-nations puissants, tous dotés d'appareils
de défense modernes et développés
». Rien d'étonnant donc pour que le 11
septembre ait été une surprise pour les
stratèges américains, tant par sa violence
que par la découverte d'un nouveau type d'ennemi
et d'une nouvelle forme de conflit.
Dès
lors, Xavier Raufer et Alain Bauer pointent les lacunes
des systèmes de sécurité ultramodernes
censés protégés les Etats-Unis et
leurs alliés : « Tous les rapports officiels
américains post-11 septembre soulignent deux défauts
graves dans la cuirasse antiterroriste des Etats-Unis
: manque de coordination [
] entre services de l'Etat
fédéral, [
] flagrant manque de sources
humaines dans la nébuleuse du jihad mondial ».
Trop de technologie et pas assez de sources de terrain,
c'est le bilan de ce que les auteurs appellent «la
ligne Maginot électronique».
Xavier
Raufer et Alain Bauer s'appuient ensuite sur leur connaissance
du monde terroriste international pour en dresser un tableau
précis, des hommes aux structures, en passant par
le soutien logistique existant sous des formes clandestines
dans divers pays, y compris les Etats-Unis eux même.
Et par là même donner les clés qui,
selon eux, pourront permettre aux grandes puissances de
se doter d'appareils de défense efficaces. Ceux-ci
devront être prêt à une guerre d'un
genre inédit, « non pas faite à
une armée classique et organisée mais à
un vivier, à des noyaux, à des groupes instables
et temporaires ». A travers ce compte-rendu
quasi exhaustif de la nébuleuse Al-Qaïda,
le lecteur prend conscience de l'extrême complexité
d'une lutte face à un adversaire « à
la fois informe et protoplasmique ».
Pourtant,
les solutions existent. Mais elles ne sont pas à
chercher dans les tactiques de ripostes traditionnelles,
puisque « la méthode inventée empiriquement
à la fin des années 80 ne suffit plus »
assurent les auteurs. Fini les ripostes massives, avec
pour but avoué de " frapper la tête
" de l'ennemi. Place aux attaques ciblées,
discrètes et rapides, basées essentiellement
sur le renseignement, la pierre angulaire de cette nouvelle
guerre. C'est dans l'obtention, et même plus précisément
«au niveau du dévoilement, de la réflexion
préalable » que se situent l'enjeu majeur
selon Xavier Raufer et Alain Bauer. « Un appareil
à pressentir/déceler/projeter [
] réalisera
des diagnostics permettant d'apprendre beaucoup de ce
qui peut prévenir le danger - ou permettre de riposter
».
Loin
de sombrer dans le catastrophisme, les auteurs nous livrent
un essai enrichi basé sur des thèses nouvelles
concernant la résolution des crises mondiales.
Des idées qui font leur chemin, à la lumière
des mises en échec des anciennes méthodes.
L'enlisement de l'occupation américaine en Irak
semble être une pierre de plus dans le jardin des
auteurs. L'absence d'un réel consensus autour des
Etats-Unis, et surtout la prudence affichée de
nombreux pays, dont la France, face à la crise,
pourraient signifier que le temps est venu de repenser
le cours, et surtout l'anticipation, des conflits du XXIème
siècle.
Par
Vincent Fabre - Décembre 2003
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