Publiée
quelques mois après la crise irakienne, au cours
de laquelle la France a retrouvé une voix sur la
scène mondiale et tenté d'incarner une alternative
au modèle de relations internationales défendu
par l'administration Bush, L'Arrogance française
fait le procès de cette tendance à s'ériger
en modèle.
«Comment
désespérer des meilleurs amis», «Les
Don Quichotte de la République», ou «Faites
ce que je dis pas ce que je fais» : les titres
des neufs chapitres du livre de Romain Gubert et Emmanuel
Saint-Martin, journalistes à l'hebdomadaire Le
Point, donnent le ton de cette charge sans nuances
contre la politique étrangère de la France.
Pour les auteurs, les Français vivent dans l'illusion
que leur pays «se doit d'offrir au monde les
Lumières, le Droit, la Liberté».
«Fort bien», ajoutent-ils, «sauf
que nos prêches, nos coups de menton, envolées
lyriques et autres péroraisons ont fini par lasser
la planète».
A l'appui de leur démonstration, les deux journalistes
citent pêle-mêle les tentatives coûteuses
et vaines de conserver une cour d'Etats obligés
organisée autour de la Francophonie, l'argent déversé
dans des opérations de prestige en Afghanistan
au détriment de l'efficacité et du rayonnement
à long terme, ou les vexations imposées
aux responsables francophiles du monde entier sous prétexte
d'affirmer le rang de la France notamment face aux Etats-Unis.
Par la multiplication d'exemples plus ou moins anecdotiques,
principalement relevés au cours de la dernière
décennie, Romain Gubert et Emmanuel Saint-Martin
dressent un double constat. D'une part, obsédée
par l'idée de rayonnement politique et culturel,
la France réagit aux événements du
monde de manière désordonnée, comme
si elle cherchait plus à exister au yeux des autres
qu'à élaborer une politique étrangère
cohérente sur le long terme. D'autre part, et ce
constat découle du premier, loin de s'imposer comme
un acteur influent sur la scène internationale,
la France se marginalise un peu plus à chaque occasion
perdue.
L'illustration la plus frappante fournie par les auteurs
est le réflexe hexagonal de vouloir imposer des
Français à la tête de toutes les grandes
organisation internationales et européennes. Non
seulement la France énerve ses partenaires en faisant
de chaque nomination une question de prestige national,
mais elle délaisse du même coup les postes
à responsabilité inférieure, ceux-là
mêmes où des pays comme le Royaume-Uni peuvent
exercer une influence discrète mais efficace sur
le fonctionnement des institutions en question.
D'une
écriture vive et conçue comme un "
coup de gueule " plutôt qu'une analyse approfondie,
L'Arrogance française n'aborde pas la question
de la place d'une puissance moyenne dans un paysage mondial
en plein bouleversements. Au risque de confondre les symptômes
de la politique étrangère de la France avec
ses causes.
.
Par
Eric Maurice - Décembre 2003
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