Voilà
un essai de géopolitique sur l'après-11
septembre, et plus particulièrement sur les relations
entre les Etats-Unis et la Russie, qui accorde une large
place à la "pétro-stratégie".
Pour Frédéric Encel, spécialiste
du Moyen-Orient et docteur en géopolitique, et
Olivier Guez, journaliste au service International de
La Tribune, le rapprochement spectaculaire observé
depuis le 11 septembre 2001 entre Vladimir Poutine et
Georges W. Bush repose principalement sur les enjeux du
pétrole et la lutte contre le terrorisme islamiste.
Au point de former ce qu'ils appellent une "Grande
Alliance". Une analyse qui a le mérite
de dévoiler les dessous de cartes souvent complexes
dans des régions pétrolières (Golfe
arabo-persique, Golfe de Guinée, bassin de la Caspienne,
Amérique latine) où se mêlent de nombreux
intérêts.
Le
contrôle du pétrole, nerf de la guerre et
enjeu majeur des relations internationales ? Même
si cette grille de lecture ne fait pas l'unanimité
et ne peut pas tout expliquer (rivalités ethniques,
religieuses, idéologiques, politiques
), elle
est en tout cas au centre de l'analyse proposée
dans cet essai pour expliquer la normalisation et le rapprochement
spectaculaire observée entre les Etats-Unis et
la Russie depuis le 11 septembre. En effet, pour nos deux
auteurs, la nouvelle alliance entre Washington et Moscou
repose sur un partenariat pétrolier inédit,
sur fond de lutte contre le terrorisme et d'intérêts
communs partagés.
Pour
les Etats-Unis, qui consomment le quart de la production
mondiale de brut et engloutissent près de 20 millions
de barils par jour, le pétrole reste l'énergie
reine. " Dans vingt ans, deux barils sur trois
devront être importés, principalement du
Golfe ", précisent les auteurs. Le 11
septembre a eu notamment pour conséquence de changer
la donne sur le plan énergétique. Les Américains,
méfiants à l'égard de leur allié
saoudien depuis les attentats, vont chercher à
diversifier leurs sources d'approvisionnement. Du Golfe
de Guinée au bassin prometteur de la Caspienne,
de l'Irak à la Russie, Washington mène "
une diplomatie énergétique tous azimuts
" depuis les attentats du 11 septembre. Sur fond
de lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis vont ainsi
prendre position sur l'échiquier mondial pétrolier.
Le partenariat énergétique américano-russe
s'inscrit dans ce contexte géostratégique
mouvant.
Après
avoir détaillé le grand jeu pétrolier
des Américains, les auteurs expliquent les intérêts
russes à un tel partenariat. En effet, pour Vladimir
Poutine, cette grande alliance est indispensable pour
le développement économique de son pays.
" La Russie, forte productrice de pétrole
et en quête de devises pour reconstruire son économie
délabrée, présente de substantiels
avantages ", indiquent Frédéric
Encel et Olivier Guez. Le président russe, en soutenant
les Etats-Unis dans leur combat contre l'islamisme radical,
peut aussi avoir les mains libres pour régler le
problème tchétchène ou encore contenir
les menaces séparatistes en Géorgie par
soldats américains interposés
Bref,
toute la force du livre est de rappeler avec justesse
comment des intérêts économiques bien
compris peuvent masquer des enjeux géopolitiques
plus discrets.
Pourtant,
il convient de ne pas oublier que toute alliance, qu'elle
soit grande ou pas, reste fragile et peut basculer à
tout moment. Quel sera le futur de cette " Grande
Alliance " après la guerre en Irak ? La coopération
militaire discrète de la Russie avec la Chine ou
l'Iran portera-t-elle préjudice au partenariat
stratégique avec les Etats-Unis ? Les deux auteurs
n'oublient pas de poser ces questions essentielles à
la fin de leur ouvrage. " Hors du Proche-Orient,
ce sont les intérêts de la Russie qui sont
les plus menacés par un changement de régime
à Bagdad ", précisent-ils. Quant
au dossier iranien, délicat en raison de la doctrine
américaine de "l'axe du mal" et la vente
d'armes et le transfert de technologie nucléaire
de Moscou à Téhéran, la partie s'annonce
serrée pour Vladimir Poutine. Autant d'incertitudes
sur l'avenir de cette "Grande Alliance"...
Par
Julien Nessi - octobre 2003
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