Comment
vivent ceux qui subissent la guerre sans la faire ? Qu'y
a-t-il de commun entre tous ces hommes et ces femmes exposés
au pire sans l'avoir voulu ? Comment les civils arrivent-ils
à surmonter les tragédies et les souffrances
de la guerre ? Difficiles de le savoir vraiment tant que
l'on ne l'a pas vécu. A moins de se plonger dans
le livre " Vivre en guerre ", un ouvrage collectif
rassemblant les récits personnels et violents de
huit grands reporters de langue française. De Karachi
à Bogota, de Kaboul à Alger ou encore de
Grozny à Lubumbashi, ces journalistes de terrain
nous plongent dans le quotidien meurtri et douloureux
de toutes ces victimes innocentes de la violence politique.
"
Huit reporters au long cours sont devenus conteurs pour
nous faire découvrir ces terres de brasiers - qu'eux
mêmes ont parcourues au risque parfois de se perdre.
D'escale en escale, leur regard ne pirate plus l'actualité
et ses coups d'éclats, mais dévoile des
caractères universels ancrés dans le temps
présent ", prévient dans sa préface
Myriam Gaume, elle-même journaliste et auteur du
récit sur le Kosovo, à qui l'on doit l'initiative
de ce livre.
A
Karachi, le grand port du sud du Pakistan, la vie peut
être fauchée à tout moment, au coin
d'une rue sombre ou dans les bas-fonds de la ville,
" où l'on égorge comme on respire
". Les statistiques parlent d'elles-mêmes
: 3 000 morts par an, 800 000 héroïnomanes
C'est dans cet enfer urbain que nous fait pénétrer
Olivier Weber, grand reporter au Point, parti à
la rencontre de ceux et celles qui sont confrontés
tous les jours à cette dure réalité.
Comme, par exemple, Ludna Tiwana, une femme flic de choc
qui se consacre à la défense des femmes
battues, violées ou fouettées. Une "
mère courage " qui représente encore
une lueur d'espoir dans cet univers de violence.
A
Alger aussi, la violence n'en finit pas de briser des
destins. Et ceux qui combattent la haine sont les premier
exposés. Comme Laadi Flici, médecin et poète,
qui s'est battu pendant des années pour la liberté
et la tolérance, avant d'être assassiné
par trois islamistes dans son cabinet médical.
C'est l'histoire de cet homme engagé que nous raconte
Martine Gozlan, la journaliste de Marianne, pour qui "
ces victimes forment un peuple lourd et obscur ".
En
Afrique noire, ce ne sont pas les reportages d'actualité
qui manquent sur les conflits ethniques, les rébellions
sanglantes ou les guerres régionales impliquant
trafiquants de diamants, chefs d'Etat véreux, mercenaires
à la solde du plus riche ou soldats loyalistes
sous-équipés. La Côte d'Ivoire est
malheureusement là pour nous le rappeler. Mais
que sait-on exactement de ceux qui subissent ces tragédies
? Dans quel état d'esprit sont-ils avant un nouvel
assaut sanglant de rebelles ? Dans Vivre en guerre,
Jean-Pierre Campagne, grand reporter pour l'AFP, nous
fait revivre à travers le personnage de Pierre
le climat de peur et d'angoisse qui règne à
Lubumbashi, au Congo, quelques jours avant l'assaut décisif
des troupes de Kabila en avril 1997. Un temps suspendu
où le désespoir et la détresse peuvent
se lire sur le visage des hommes.
D'autres
récits de reporters, aussi poignants les uns que
les autres, nous entraînent ainsi dans l'intimité
de ceux qui vivent sur ces terres de souffrance et de
violence : le Kosovo, la Colombie, la Corée, l'Afghanistan
et l'Arménie. Parfois bouleversants, souvent captivants,
ces textes offrent de toute évidence un autre regard
sur la planète rebelle.
Par
Julien Nessi - octobre 2003
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