Les
mystères tatars enfin dévoilés au
lecteur français
Dans une enquête parue
aux éditions Autrement, le journaliste indépendant
Fred Hilgemann brosse le portrait d'un peuple et d'un
pays méconnus, à l'ombre de la scène
médiatique internationale. Située à
800 kilomètres de Moscou, au confluent de la Volga
et de la rivière Kama, la petite République
du Tatarstan abrite la première minorité
ethnique de Russie après les Russes. Les Tatars
forment également la première communauté
musulmane de la Fédération de Russie. Depuis
son autonomie acquise en 1991 au sein de la Fédération
de Russie, elle a suivi le chemin opposé de la
Tchétchénie. Comment cette petite République,
comparable par sa taille à l'Irlande et peuplée
à moitié de musulmans et de chrétiens,
en est arrivée là ? Et derrière les
discours officiels sur l'intégration politique
et économique, quelles sont les réalités
de la vie quotidienne des Tatars de la Volga ? C'est à
ces questions que le journaliste tente de répondre.
Dans
Kazan, la capitale du Tatarstan, la grande mosquée
Koul-Charif, avec ses quatre minarets élancés
de 54 mètres de haut et sa coupole bleu azur, fait
la fierté des habitants. Inauguré en juillet
2005, cet édifice musulman est vaste comme une
cathédrale. " Cette prestigieuse réalisation,
qui saute aux yeux des voyageurs arrivant de Moscou par
le train, constitue à ce jour la plus importante
manifestation de la spécificité culturelle
des Tatars dans cette République de la Fédération
de Russie, peuplée à égalité
de chrétiens et de musulmans ", fait remarquer
le journaliste Fred Hilgemann. cette immense mosquée
rappelle justement aux visiteurs que les Tatars sont de
confession musulmane, comme les Tchétchènes.
Sauf qu'ici, et contrairement à la République
du Caucase nord, le Tatarstan revendique un islam intégré
et tolérant, dans le cadre d'une société
multiethnique et multiconfessionnelle - la République
du Tatarstan comptant 3,7 millions d'habitants, avec 1,6
million de Tatars et environ 2 millions de Russes. Pour
nombre d'observateurs, le Tatarstan est un modèle
d'intégration dans la Fédération
de Russie, grâce à l'invention de "
l'euro-islam ". " Cet islam adapté
à un pays industrialisé et occidental a
été baptisé du nom " d'euro-islam
", précise l'auteur. L'islam tatar, un
modèle à suivre pour les dirigeants de Moscou
? Revenant sur le passé récent de la République
et le mode d'organisation de l'islam sur le territoire
- en étroite collaboration avec Moscou -, l'auteur
décrypte les origines de cet " euro-islam
", qui arrange à la fois le Kremlin et les
autorités tatars. " Synthèse ancienne
des valeurs musulmanes et du libéralisme éclairé
du XVIIIème siècle, l'islam tatar, ou "
euro-islam ", comme se plaisent à le nommer
les érudits tatars, ressuscité depuis quinze
ans, se trouve au fondement de l'identité culturelle
tatare ", explique Fred Higelmann.
Le
succès du modèle tatar repose sur ses ressources
économiques. Fer de lance de l'industrie automobile
russe - le constructeur de camions Kamaz compte 52 000
employés et se classe parmi les dix plus grands
constructeurs de poids lourds du monde - et riche en hydrocarbures,
le Tatarstan peut compter sur son économie pour
suivre son propre chemin. " Le pétrole,
fortune du Tatarstan, fait de la République un
acteur essentiel de l'économie de Russie (
).
La république occupe actuellement le rang de premier
producteur de pétrole brut du district fédéral
de la Volga et de deuxième producteur en Russie,
avec de 29 à 30 millions de tonnes par an ",
rappelle le journaliste. Cependant, l'or noir des Tatars,
à l'image des autres pays producteurs de pétrole,
pourrait se raréfier à l'avenir. Bref, c'est
une ressource économique précaire. Pour
l'instant, confie le journaliste, aucun dirigeant n'ose
aborder la question.
Le
Tatarstan, c'est aussi le pays de l'ultra-capitalisme.
Poursuivant le portrait de cette république au
nom étrange, Fred Hilgemann décrit une société
tatare où la fièvre de l'ultra-capitalisme
s'est emparée des esprits. " Le profit,
l'avancement, l'aisance et le confort emportent désormais
le suffrage inconditionnel de la majorité en quête
de bien-être ", écrit-il en introduction
de son chapitre " au pays de l'ultra-capitalisme
". Le développement des loisirs - construction
de complexes touristiques, développement du ski
- traduit aussi cette montée en puissance du capitalisme.
Un autre regard sur ce territoire à l'avant pays
ouralien.
Observateur attentif des évolutions de la société
tatare, le journaliste nous fait partager sa connaissance
de ce petit pays aux ambitions dévorantes. Saluons
la parution d'un essai consacré à une république
largement méconnue en France.
Par
Julien NESSI - mai 2008
Copyright
© Cyberscopie
http://www.cyberscopie.info