«Les
dollars de la terreur - Les Etats-Unis et les islamistes»,
Richard Labévière, Editions Grasset,
Paris, 1999
Dans
une enquête approfondie, publiée en 1999, «les dollars
de la terreur», Richard Labévière, chef du service
international de RFI, décrivait le jeu trouble, sur fonds
de marchés pétroliers, de la diplomatie américaine avec
le fondamentalisme islamiste, prévoyant un «Ben Laden
Gate» à venir…
«D'autres
Nairobi et Dar es-Salaam (attentats ayant fait près de 300
morts et 5600 blessés, ndlr) auront sans doute hélas lieu,
mais la reconversion des réseaux d'affaires islamistes dans
les structures internationales du crime organisé menace
plus dangereusement encore l'ordre du monde.» C'est
en 1999 que Richard Labévière, auteur «des dollars
de la terreur», une enquête ahurissante sur le financement
des réseaux islamistes écrit ces lignes prémonitoires. Le
premier chapitre résume bien le cynisme de la politique
extérieure américaine, l'auteur rapporte ainsi une conversation
avec un diplomate américain lors d'une session de la commission
des droits de l'homme de l'ONU à Genève en 1997. Les Etats-Unis
viennent de voir repousser la résolution condamnant Cuba.
Le diplomate : «certes nous perdons la face sur Cuba,
mais nous avons évité le pire à nos amis saoudiens (…) Pourtant
en matière de violation des droits de l'homme, les gardiens
des puits de pétrole sont certainement plus à blâmer que
nos vieux adversaires cubains. Business is business…».
L'échange
synthétise 50 ans de soutien inconditionnel au royaume saoudien,
premier bailleur de fonds du terrorisme islamiste que par
leur aveuglement opportuniste, les Etats-Unis ont contribué
à alimenter. C'est ainsi tout le tableau d'une politique
étrangère américaine «inféodé aux lois de la concurrence
commerciale» que Labévière passe au crible.
Certes,
le jeu américain en Asie centrale comporte des réussites
: «les Américains attirent l'ogre russe dans le guêpier
afghan qui précipitera l'effondrement du camp communiste»,
mais favorisera aussi une période de collaboration objective
des islamistes avec les Américains. Dès lors l'analyse stratégique
américaine vise à s'ouvrir l'accès prioritaire au sous-sol
caspien, «région stratégique du millénaire»,
et notamment à l'Afghanistan, nouvel eldorado, dont les
taliban seront les gardiens. «Les USA jouent simultanément
l'islamisme, la fragmentation tribale et les hydrocarbures.
Les nouveaux terrorismes incarneraient ils le stade suprême
du capitalisme ?. La convergence opérée entre l'idéologie
islamiste et certains circuits économiques en voie de globalisation
est troublante» écrit Richard Labévière.
Un
«Ben Laden Gate»
D'après
l'auteur, désormais chef du service international de RFI,
Oussama Ben Laden incarne parfaitement cette privatisation
de la violence et du terrorisme islamiste. Le livre décrit
précisément les liens ambigus des services secrets américains
avec le milliardaire saoudien et les réseaux taliban, même
après les attentats de Nairobi et dar El salam en 1998 (des
attentats menés grâce à des explosifs américains livrés
par la CIA aux " Afghans"). Ainsi les autorités américaines
fermeront les yeux sur le commerce d'opium qui assure environ
50% du financement des réseaux talibans, leur permettant
de financer une guerre civile en Afghanistan contre l'armée
rouge. L'opération résulte d'une véritable réflexion américaine
d'instrumentalisation des «conflits de basse intensité»,
forme de guerre par procuration à moindre frais.
Richard
Labévière relate ainsi une rencontre secrète «au sommet»
entre des hauts responsables pakistanais, talibans et américains,
en ami 1997, à Riyad, visant à obtenir la promesse des talibans
de conquérir la totalité du territoire afghan avant la fin
de l'année… Un cynisme dont la seule cohérence est son mercantilisme,
quand il vise à soutenir aussi bien Israël que des fondamentalistes
islamistes dont l'un des objectifs premiers est la destruction
de l'Etat hébreu, allant jusqu'à créer un monstre aux allures
de Frankestein, la créature se retournant contre son créateur.
En 1999, Richard Labévière estimait que « la CIA avait
objectivement créé les conditions d'un Ben Laden gate à
venir». Car «le nerf de l'islamisme n'est pas
la religion, c'est l'argent…».
L'essentiel
de la «puissance Ben Laden» est, en fait, concentrée
en Arabie Saoudite, dans les plus importantes banques du
pays. Evidemment, c'est avec d'autant plus d'acuité depuis
le 11 septembre que ce livre, qui est autant une enquête
qu'un essai historique sur la politique extérieure américaine,
démontre les carences de la "diplomatie CNN",
«où le seul rapport monde, est le syndrome de l'actionnaire
majoritaire».
Par
Régis Soubrouillard
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