Isabelle
Facon. -
«Sur les questions fondamentales qui,
avant le 11 septembre, opposaient ou du moins
étaient source de tensions entre les deux pays,
on n'a pas vu d'avancée décisive. Sur l'Otan,
Vladimir Poutine a observé, lors du sommet, une
position assez réservée quant à la possibilité
de voir la Russie plus étroitement associée à
la prise de décision internationale sur les questions
de sécurité. Au sujet du traité ABM, il n'y a
pas eu de progrès : les Russes restent attachés
à la survie du traité, même si avant et après
le 11 septembre leur position sur cette question
s'est voulue plus souple. Ils ont notamment reconnu
la réalité de la menace contre laquelle ce bouclier
anti-missile est censé être dirigé ; d'autre part,
les officiels russes jugent possible une adaptation
du traité.
A
propos des armements stratégiques, si les deux
parties ont convenu, comme cela était prévisible,
de réaliser de nouvelles réductions, elles restent
en désaccord sur la nature des processus. L'administration
Bush ne tient plus vraiment au cadre traditionnel
d'accords contraignants sur le désarmement, point
sur lequel les Russes - surtout l'appareil militaire
- ne veulent pas transiger. Ce cadre représente
pour eux non seulement une source de garanties
en termes de vérification et de transparence mais
aussi (surtout ?) un signe extérieur de l'importance
du rôle de la Russie sur la scène internationale.
On note toutefois que certains représentants de
l'exécutif et du législatif américains souhaitent
maintenir ces processus pour les garanties qu'ils
proposent.
En
réalité, ce sommet a surtout permis de confirmer
les nouvelles relations d'amitié entre les Etats-Unis
et la Russie.»
Comment
ce sommet a-t-il été perçu en Russie, dans l'opinion
publique et dans le monde politique ?
I.F.
- «Pour l'opinion publique, il
existe une ambivalence particulière : il y a eu
un sentiment sincère de solidarité à l'égard des
Etats-Unis suite aux événements alors que peu
de temps avant, de nombreux sondages présentaient
les Etats-Unis comme un des principaux adversaires
de la Russie, voire comme une menace. Ce changement
d'attitude tient principalement au fait que les
Russes ont eux aussi fait la cruelle expérience
d'attentats terroristes sur leur propre sol récemment.
Les sondages montrent d'ailleurs que les Russes
sont loin d'être unanimes quant au bien-fondé
des opérations militaires américaines en Afghanistan,
dans lesquelles ils sont nombreux à percevoir
des " intentions cachées " potentiellement nuisibles
aux intérêts de la Russie.
Dans
le monde politique, beaucoup de gens voient l'intérêt
qu'il y a à se rapprocher des Etats-Unis. Il était
clair pour toute la classe politique que la Russie
ne pouvait pas ne pas soutenir la coalition anti-terroriste
sous peine de renforcer l'isolement international
relatif du pays et de perdre une chance de se
poser en acteur responsable et incontournable
des relations internationales.
Avec
le temps, on a vu apparaître des tensions dans
le débat interne sur le degré de soutien qu'il
convient d'apporter aux Etats-Unis. Le complexe
militaro-industriel, notamment, s'inquiète de
ce qu'un soutien trop " prononcé " ne menace les
bonnes relations de la Russie avec certains pays
qui constituent pour leurs produits des débouchés
précieux : Iran, Syrie, Irak, voire la Chine...
La question se pose de la possibilité, à mes yeux
problématique, de voir Russes et Américains s'entendrent
sur ce qui est transfert de technologies militaires
proliférant et ce qui ne l'est pas.
Les
militaires russes, eux, craignent que la riposte
américaine n'entraîne la déstabilisation de l'Asie
centrale, une des principales préoccupations de
l'état-major général russe depuis l'effondrement
de l'URSS. Militaires, communistes et autres forces
politiques en Russie, y compris dans les cercles
dirigeants, ne font par ailleurs pas mystère de
leur préoccupation quant au risque de voir les
Américains établir une présence durable dans cette
zone.»
A
deux ans et demi des élections présidentielles,
à la tête d'un bilan assez terne, Vladimir Poutine
n'a-t-il pas fait un calcul de politique intérieure
(échelonnement de la dette, investissements étrangers,
nouveaux crédits) en se rapprochant ostensiblement
de Washington ?
I.
F. -
«Je ne partage pas ce point de vue d'un
bilan terne pour Poutine. Dans le domaine économique
ou militaire, un certain nombre d'initiatives
positives ont été prises. Même si, bien sûr, il
existe des zones d'ombre dans son bilan, comme
la Tchétchénie ou certaines distorsions dans la
pratique démocratique : rapports avec les médias,
manière dont l'exécutif a " organisé " la Douma
dans un sens très favorable à ses intérêts, etc.
Poutine
veut obtenir des " réponses " de la part de Washington
en " compensation " de sa collaboration sans faille
à la coalition anti-terroriste. S'il semble illusoire
de vouloir des résultats immédiats et considérables
dans le domaine de la sécurité, le président russe,
qui a fait du renforcement de l'intégration de
son pays dans l'économie internationale une priorité
de sa politique étrangère, compte sur des gestes
rapides dans le domaine économique.
Cela
semble correspondre aux intentions de Washington
(geste sur la dette russe, soutien aux investissements
en Russie, soutien plus appuyé à la candidature
de Moscou à l'OMC…). Mais là encore, le 11 septembre
n'est pas l'unique facteur. Cette plus grande
ouverture a été rendue possible par la stabilisation
relative de l'économie russe depuis 1999.»
Le
rapprochement russo-américain est-il dû essentiellement
au 11 septembre ?
I.
F. -
«En
fait, beaucoup de choses ne me paraissent pas
vraiment nouvelles. Dans le domaine de l'arms
control, certaines améliorations avaient déjà
vu le jour : assouplissement russe sur la question
des défenses anti-missiles, assouplissement américain
sur la question de nouvelles réductions des arsenaux
stratégiques... Le sommet de juin dernier en Slovénie
avait déjà entériné le rapprochement des deux
pays. On a vu se développer un véritable effort,
de part et d'autre, pour diversifier les relations
au-delà des questions de sécurité, sur un plan
économique en particulier, dans le souci de rendre
les rapports moins tendus car moins directement
liés à l'encombrant bagage psychologique de la
guerre froide.»
Quels
sont les rapports entre l'appareil militaire russe
et le monde politique ?
I.
F. -
«Ce qui se passe avec les attentats avive
des tensions qui existaient déjà avant les événements
entre l'armée et le président Poutine. Celui-ci,
tout en annonçant vouloir renforcer les capacités
de l'armée, a également voulu réaménager les rapports
avec celle-ci, placés sous le signe du give and
take du temps de Boris Eltsine.
Dans
ce but, il a imposé Sergueï Ivanov en mars 2001
au poste de ministre de la Défense. Un Ivanov
qui, comme Poutine, dont il est un très proche
allié politique, est un ancien du KGB et n'appartient
donc pas au sérail militaire. Or, on sait qu'il
y a toujours eu des tensions entre l'armée et
les services de sécurité en Russie et que traditionnellement,
l'armée soviétique russe n'est guère ouverte aux
influences extérieures dans " ses " affaires.
Par
ailleurs, Poutine veut accélérer le rythme de
la réforme des forces armées, ce qui fait aussi
grincer quelques dents, en particulier son projet
d'abandonner à terme la conscription. Et puis,
il y a la Tchétchénie, sujet sur lequel le président
russe a au cours des derniers mois beaucoup critiqué
l'armée dans sa façon de conduire les opérations.
Certains
responsables militaires voient d'un mauvais œil
les tentatives de règlement politique, ce à quoi
Poutine semble désormais attaché, pour des raisons
diverses : " standing " international, blocages
de la situation sur le terrain qui pourraient
peser, à plus ou moins brève échéance, sur la
popularité du président, etc. Les rapports entre
les généraux et Vladimir Poutine n'étaient donc
déjà pas au beau fixe avant les attentats aux
Etats-Unis. »
Le
ministre de la Défense Sergueï Ivanov avait pris
position contre un déploiement des forces anti-terroristes
en Asie centrale avant d'être rappelé à l'ordre
par Vladimir Poutine. Comment peut-on interpréter
les déclarations d'Ivanov et son silence, par
la suite ?
I.
F. -
«Vu les tensions qui existent au sein de
sa propre administration, le ministère de la Défense,
Ivanov a peut-être voulu lui donner un gage de
bonne volonté sur un sujet qui, on l'a dit, préoccupe
grandement les responsables militaires russes.
On ne peut ainsi exclure que sa prise de position
contre la présence de forces américaines en Asie
centrale ait été coordonnée avec l'exécutif, pour
des raisons internes mais aussi externes.
Il peut s'agir de montrer aux Etats-Unis que le
soutien qui leur est apporté a un prix en interne
pour le président Poutine, et les convaincre ainsi
de répondre concrètement au soutien russe. En
tout cas, il est prématuré d'affirmer que les
rapports entre Sergueï Ivanov et Vladimir Poutine
se sont détériorés depuis le 11 septembre. Ivanov
semble rester, pour l'heure, un acteur important
de la prise de décision.»
Le
poids de l'armée dans le processus de décision
du pays a évolué depuis la fin de l'ère communiste
: pourrait-on encore aujourd'hui imaginer une
tentative de déstabilisation du pouvoir par l'armée
?
I.
F. -
«Pour l'instant, je ne pense pas que l'on
en soit à ce point de tension entre l'armée et
le pouvoir civil. Il existe un certain nombre
de changements susceptibles de contenter l'armée
qu'il ne faut pas occulter : tout d'abord, l'armée
se sent davantage " prise en compte " par l'équipe
dirigeante du fait des liens personnels entre
Ivanov et le président russe, même si Poutine
ne veut pas se laisser influencer par l'armée
et entend lui imposer ses choix. Par ailleurs,
la situation économique du pays connaît, comme
on l'a dit, une embellie depuis trois ans.
Certes,
il reste à voir si cette évolution se confirmera,
mais les conséquences pour l'armée sont bénéfiques
: c'est la fin des " séquestrations budgétaires
", pratique systématique du temps de Eltsine.
Le budget militaire était tout simplement gelé
en cours d'année pour cause de manque de recettes
budgétaires. Depuis 1999, ces coupes sombres n'ont
plus cours et les militaires en ressentent les
bienfaits, même si leurs finances sont loin d'être
florissantes.»
La
coopération de la Russie à la campagne anti-terroriste
peut-elle infléchir la position des USA sur le
futur bouclier anti-missile et l'adaptation du
traité ABM signé en 1972 ?
I.
F. -
«Une concession possible serait que les
Américains renoncent à se retirer unilatéralement
du traité ABM. Avec la nouvelle donne internationale
et la situation intérieure aux Etats-Unis, la
situation paraît plus favorable de ce point de
vue. Pour les Russes, c'est vraiment quelque chose
de très important.
De
leur côté, il se sont faits à l'idée qu'il y aurait
des modifications au traité et qu'il faudra faire
des concessions ; c'est d'autant plus vrai que
dans le fond, les experts minimisent la possibilité,
d'un point de vue technologique, de voir le système
américain de défenses anti-missiles menacer réellement
la capacité de dissuasion russe. De ce point de
vue, la situation est meilleure aujourd'hui qu'elle
ne l'était au tout début de 2001, quand les relations
bilatérales, qui avaient atteint un degré de tension
sans précédent depuis le début des années 1990,
paraissaient dans l'impasse. Surtout si les Américains
accèdent au désir de Moscou de réduire sensiblement
leurs armements nucléaires offensifs, à des niveaux
proches de ceux que la Russie peut se permettre
de maintenir. »
On
s'achemine vers un gouvernement de coalition en
Afghanistan. Quel sera le rôle politique et militaire
de la Russie dans l'après-guerre dans le pays
?
I.
F. -
«Sur un plan militaire, à mon avis, la participation
russe restera faible. Le consensus interne sur
le refus d'envoyer des forces sur le terrain semble
assez clair. Il y a probablement eu une présence
de militaires russes pour le soutien technique
aux forces de l'Alliance du nord pour l'utilisation
des armements russes, manière comme une autre
de préparer la présence politique russe sur le
terrain pour l'après-opérations militaires sur
le sol afghan.
La
Russie s'est montrée claire sur son refus absolu
de voir des représentants des talibans au sein
du futur gouvernement à Kaboul, point sur lequel
les Américains se sont montrés initialement moins
stricts. Moscou semble par ailleurs préoccupé
par les liens qui se tissent entre Washington
et l'Ouzbékistan et leurs implications possibles
pour le devenir politique de l'Afghanistan. Plus
largement, le Kremlin s'inquiète des nouveaux
équilibres qui pourraient se créer autour du "
Grand Jeu " sur le transit des matières énergétiques
dans la région, un des points de tension les plus
sensibles dans les relations américano-russes
au cours de la dernière décennie.»
Dans
l'hypothèse d'une stabilisation de l'Afghanistan,
on va assister à la relance de la bataille sur
le transport des matières premières. La Russie
est-elle prête à concéder un peu de son influence
dans ce domaine en Asie centrale ?
I.
F. -
«Voilà un des domaines dans lequel la Russie
a certainement fait valoir qu'en compensation
à son soutien aux Etats-Unis dans la lutte anti-terroriste,
elle souhaiterait voir les Américains prendre
ses intérêts en compte. Il n'est pas exclu que,
sur fond de tractations quant à la participation
de la Russie et des républiques d'Asie centrale
à la riposte américaine en Afghanistan, les deux
parties aient discuté des perspectives d'une "
entente " sur le trajet des futurs pipelines.»
La
Russie est très impliquée dans le transport d'énergie
en Asie centrale. Devant les nombreux obstacles
et la complexité des projets de nouveaux pipelines,
quelles évolutions doit-on attendre dans ce domaine
?
I.
F. -
«Cela dépendra pour beaucoup de la volonté
américaine d'investir dans ces tracés. Néanmoins
si, au-delà des instabilités régionales, une partie
des tensions politiques entre les Etats " aux
manettes " de ces constructions s'estompe, on
peut envisager un meilleur dialogue et des avancées
plus concrètes. Mais là encore, il faut attendre
une évolution plus claire et vraiment stable en
Afghanistan, ce qui n'est pas envisageable dans
un avenir très proche.»
De
1972 à 1991, l'URSS a mené une politique de recherche
intensive sur les armes bactériologiques. D'après
vous, la Russie a-t-elle pu "exporter" une partie
de cet arsenal vers des Etats qui a leur tour,
auraient fourni les organisations
terroristes ?
I.
F. -
«C'est difficile à dire. On connaît les
craintes que suscite la situation des complexes
nucléaires, chimiques et biologiques en Russie
mais dans le même temps depuis l'éclatement de
l'URSS, un effort particulier a été entrepris
sur ces sites pour limiter d'éventuelles fuites.
Il me semble qu'au-delà des tensions politiques
entre la Russie et les pays occidentaux dans les
années 1990, il y a toujours eu des efforts de
coopération entre les pouvoirs politiques, les
services de sécurité et les appareils militaires
pour sauvegarder la sécurité autour de ces sites.
On ne peut jurer de rien, compte tenu de la situation
pour le moins chaotique de la Russie dans les
années Eltsine, mais de ce point de vue, on a
un certain nombre de garanties grâce à la vigilance
extrême des pouvoirs russes assistés en cela par
la communauté internationale.»
Les
cinq pays d'Asie centrale sont d'une importance
capitale pour l'influence de Moscou dans la région.
Quels sont aujourd'hui les rapports de la Russie
avec chacun d'entre eux ?
I.
F. -
«Le Tadjikistan est le pays le plus dépendant
à l'égard de la Russie, à cause de la guerre civile.
Les militaires et les gardes-frontières russes
y assurent une présence stabilisante. C'est sans
doute le pays le plus " docile " envers la Russie
parce qu'il est vraiment exsangue et dépendant
économiquement et militairement de Moscou. Le
Kirghizstan ne semble pas avoir une plus grande
marge de manoeuvre.
L'Ouzbékistan
est traditionnellement l'acteur le plus récalcitrant
vis-à-vis de Moscou en Asie centrale, où il cherche
à se poser en leader régional. La situation actuelle
fait que le pays a une chance de se dégager quelque
peu de l'influence russe grâce à la présence des
Etats-Unis, qui ont promis d'aider l'Ouzbékistan
à assurer sa sécurité militaire et économique.
Dans le même temps, le réaliste président ouzbek
n'oublie pas l'importance stratégique du voisin
russe, ne serait-ce qu'en termes de capacité de
nuisance. On va sûrement assister à une recherche
d'équilibre entre ces deux grands partenaires.
Le
Kazakhstan s'est toujours montré très prudent
envers la Russie et tient à conserver une marge
de manœuvre, comme le montrent les efforts du
Président kazakh pour nouer des liens diplomatiques
indépendamment de Moscou et pour lancer des initiatives
régionales dans lesquelles il souhaiterait jouer
un rôle de premier plan. Cependant, la situation
de proximité géographique avec la Russie, la présence
au Kazakhstan d'une forte population russe, l'existence
de dépendances économiques font que le Kazakhstan
entretient avec Moscou des relations dans un esprit
de bon voisinage et de coopération.
Le
Turkménistan, qui ne cesse de rappeler qu'il a
opté pour la neutralité, poursuit son jeu flou
et versatile, qui le pousse à faire évoluer ses
coopérations et ses partenariats en fonction des
enjeux et des intérêts du moment. C'est un acteur
très volatile. L'évolution de ses positions dépendra
aussi de la nature des futures propositions des
Etats-Unis envers l'Asie centrale.
En
définitive, même si, pour certains des Etats de
cette région, une présence américaine plus affirmée
dans le futur offrirait une plus grande latitude
par rapport au Kremlin, ces pays auraient certainement
à réfléchir au meilleur équilibre possible. Tous
ces pays reconnaissent l'importance de l'acteur
russe, même s'il peut être parfois encombrant
et très ambigu dans ses initiatives envers l'espace
ex-soviétique. La donne en Asie centrale pourrait
donc être modifiée, sans être bouleversée.»
Après
le 11 septembre, peut-on estimer que la Russie
a les mains libres en Tchétchénie comme peuvent
le laisser penser les déclarations très timides
de Colin Powell et de Lionel Jospin selon lesquelles
une solution politique est encore
envisageable ?
I.
F. -
«Dans la situation actuelle, c'est plus
difficile pour les pays occidentaux de condamner
la Russie sur la Tchétchénie. On peut noter qu'avant
le 11 septembre l'Occident a critiqué les opérations
militaires en Tchétchénie et les violations des
droits de l'Homme commises par les forces russes,
mais s'est montré plus discret sur son appréciation
des liens présumés - et maintes fois soulignés
par Moscou - entre certaines mouvances islamistes
et la Tchétchénie.
Pour l'instant, Moscou semble s'acheminer vers
un règlement politique du conflit, processus déjà
en cours avant les attentats du World Trade Center.
Si cette évolution se confirme - mais il n'y a
pas de consensus sur ce point au sein de l'équipe
dirigeante russe - et si les récentes discussions
entre représentants russes et tchétchènes vont
au-delà d'un simple mouvement tactique, cela signifie
sans doute que Poutine considère une solution
politique comme indispensable. Sans une issue
de ce type, cette zone restera un obstacle politique
important dans les relations Russie-Etats-Unis
et Russie-Union européenne.»
Existe-t-il
des interactions entre les conflits tchétchènes
et géorgiens ?
I.
F. -
«Voilà sans doute un des aspects négatifs
des événements du 11 septembre et du rapprochement
consécutif entre la Russie et les Etats-Unis.
La Géorgie, toujours très récalcitrante par rapport
à Moscou et précédemment soutenue par Washington,
risque de faire les frais des nouveaux liens entre
Bush et Poutine. De fait, la Russie accroît ses
pressions sur ce pays depuis plusieurs mois. Un
renforcement de l'influence de la Russie sur la
Géorgie ne saurait être exclu.»
Pensez-vous
que la Russie souhaite la reconquête de
"l'étranger proche" ou qu'au contraire, le pays
a définitivement fait le deuil des ses anciens
satellites pour s'ouvrir vers le
"modèle occidental" ?
I.
F. -
«Les Russes ne pensent plus à une éventuelle
reconstitution d'un empire, même indirect. Le
prix à payer, économique et politique, serait
bien trop élevé. En revanche, Poutine essaye de
réaffirmer l'influence, qu'il considère naturelle,
de son pays sur les Etats de l'ex-URSS. Sur un
plan économique et politique, la présence de Moscou,
bien qu'affaiblie au cours des dernières années,
n'est pas près de disparaître, surtout si la reprise
économique en Russie devait se confirmer. Il reste
à voir si ce retour de la Russie se fera en des
termes plus "positifs" et constructifs que
par le passé.»
Propos
recueillis par Xavier Frison