Olivier
Weber, sur les traces de Kessel...
Décembre
- Portrait par Julien Nessi
Grand
reporter au Point et écrivain
voyageur, Olivier Weber rend hommage à
son illustre prédécesseur dans
une très belle biographie illustrée
" Joseph Kessel, le nomade éternel
" (Flammarion, 192 pages, 2006).
Sur
la porte d'entrée de son bureau de la
rédaction du Point, l'inscription
" La planète Weber ", sous
la forme d'une coupure de presse découpée,
indique que l'on va pénétrer dans
l'univers du grand reporter français.
" C'est une plaisanterie de mes confrères
de la rédaction, n'y faites pas attention
", confie-t-il comme pour mieux rassurer
son interlocuteur. Sur le rebord de la fenêtre
trônent deux petites reproductions "
Un thé en Chine " et " Le Lotus
bleu " des aventures de Tintin, le héros
éponyme de Hergé
Un signe
qui ne trompe pas tant la " planète
Weber " est marquée par les grands
reportages, le goût pour l'aventure, la
soif de connaissances et les voyages dans l'inconnu,
à l'image de son mentor et " grand
frère " Joseph Kessel.
Depuis
qu'il s'est lancé dans l'aventure journalistique,
à la suite d'un voyage en Californie
sur les traces de Jack London, il ne cesse de
parcourir le monde, en long et en large, pour
relater les événements, petits
ou grands, et témoigner des convulsions
de la planète. Reporter aguerri, récompensé
par des distinctions prestigieuses, comme les
prix Albert Londres et Joseph Kessel, il a couvert
de nombreux conflits aux quatre coins du monde,
en Erythrée, au Kurdistan, au Cambodge,
en Afghanistan ou encore plus récemment
en Irak. Derrière cette frénésie
de reportages, il y a le désir de raconter,
avec émotion et vérité,
au plus près du terrain, les pays en
trouble, les zones grises et les pouvoirs morcelés.
Dans ces pays dévastés par la
guerre, le reporter français traque la
furie des hommes, leur part d'ombre et de mystère,
et ce qu'il leur reste d'humanité au
milieu de la tragédie. " Il n'y
a plus de terres vierges à explorer aujourd'hui.
La vraie richesse du monde se trouve au cur
des hommes ", précise-t-il sur
le ton de la confidence. Des hommes à
l'étoffe de héros ordinaire ou
de personnages de roman, il en a justement croisé
plus d'un au cours de ses nombreux déplacements
à l'étranger. A l'image du docteur
Salem, un médecin pakistanais au grand
cur qui consacre sa vie à sauver
les drogués de Karachi de l'enfer de
l'opium. Autre personnage de roman, croisé
au hasard de l'une de ses enquêtes de
terrain au cur d'une région afghane
de trafiquants d'opium et d'héroïne,
un mollah planteurs d'opium et trafiquant de
drogue... " Habillé en Afghan,
j'ai retrouvé au Badakhshan, au nord-est
de l'Afghanistan, l'atmosphère des "
Cavaliers " de Kessel ", précise-t-il
en se plongeant dans ses souvenirs. C'est probablement
dans ces moments là que l'univers d'Olivier
Weber rejoint celui de Joseph Kessel, un univers
marqué par des cavalcades effrénés
sur des terrains inconnus, de rencontres humaines
inédites, de risques permanents et de
sauts dans l'inconnu...
"
Joseph Kessel était l'ami des pirates,
le défenseur des esclaves, le confesseur
des truands. Il se rêva longtemps en bandit.
Il demeure aujourd'hui encore un frère
parmi les hommes, un rebelle et un voyageur
permanent. C'est ce que j'ai essayé de
montrer dans mon livre ", confie celui
qui préside aujourd'hui le prix Joseph
Kessel.
Pour
ceux qui ne connaîtrait pas encore l'illustre
académicien et grand bourlingueur à
la crinière blanche, cette nouvelle biographie,
mêlant tranches de vie et vieilles photos
en noir et blanc, est un bel hommage au mythique
reporter. Olivier Weber nous entraîne
dans le sillage de Kessel et nous fait découvrir
les paysages et les voyages qui ont marqué
la vie de l'immense écrivain. De Mogok,
la cité légendaire du rubis "
cur de pigeon " au nord de la Birmanie
à Sanaa, la capitale yéménite
de l'Arabie heureuse, en passant par Jérusalem,
la Palestine et bien sûr l'Afghanistan,
il nous invite à parcourir le XXème
siècle à travers le regard de
ce grand chroniqueur du monde. " Raconter
Joseph Kessel, c'est raconter une grande partie
du XXème siècle, avec plusieurs
vies ", explique le grand reporter
du Point, avant d'ajouter aussitôt : "
Kessel est un géant parmi les hommes.
Il a traversé le siècle comme
un homme pressé. A travers ses romans
et ses récits de voyage se dessine une
fresque de l'humanité en troubles, plongée
dans les convulsions d'un siècle violent
".
"
Joseph Kessel, un nomade éternel "
ressemble à un roman, à l'image
de la vie de Kessel, marquée par une
énergie romanesque, un souffle épique
et un esprit rebelle. La couverture du livre,
où l'on voit le grand écrivain
français, avec sa grande crinière
blanche et son visage au sourire presque angélique,
aux côtés de cavaliers afghans,
résume à elle toute seule une
existence bien remplie
Ecrivain
voyageur parmi les plus talentueux de son époque,
Kessel incarne encore aujourd'hui pour des générations
de journalistes et écrivains voyageurs
la tradition du grande reportage, aux confins
des hommes et de pays lointains. C'est cet héritage
qu'Olivier Weber s'attache à faire vivre
à travers l'organisation du prix Joseph
Kessel, qui récompense des enquêtes
de la trempe de l'écrivain voyageur français.
A travers ses écrits et ses reportages,
il apparaît comme un digne héritier
de Kessel. Passionné par la littérature
des voyages, le grand reporter du Point planche
actuellement sur un nouveau roman, mêlant
récit d'aventure et expériences
de voyage, tout en s'occupant d'une nouvelle
collection " Ecrivain Voyageur " pour
un éditeur parisien
Julien
Nessi