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Espagne-Maroc
: les relations bilatérales à
l'aube d'un nouveau jour ?
Juillet
2004 - Propos recueillis par Catherine Graciet
L'agenda
bilatéral entre l'Espagne et le Maroc
recèle de "vieux" dossiers
tels que le Sahara occidental ou Ceuta et Melilla
que sont venus compliquer de nouveaux problèmes
comme l'immigration illégale et le trafic
de drogue. Conséquence : depuis la fin
des années 90, les relations entre les
deux pays vont de tensions en crises. Avec l'arrivée
du socialiste José Luis Rodriguez Zapatero
au pouvoir en Espagne, au lendemain des attentats
sanglants du 11 mars, un climat plus propice
à des relations de bon voisinage semble
s'installer. Miguel Hernando de Larramendi est
spécialiste du monde arabe et des relations
hispano-maghrébines. Il est professeur
à l'université de Castilla La
Mancha et chercheur à l'Atelier d'Etudes
Internationales Méditerranéennes
(Taller de estudios internacionales Méditerraneos)
de l'université Autonoma de Madrid. Pour
Cyberscopie, il décrypte un quinquennat
agité de relations hispano-marocaines.
Cyberscopie
- L'arrivée au pouvoir de José
Luis Rodriguez Zapatero a été
bien accueillie par Rabat. De son côté,
le nouveau premier ministre espagnol a affirmé
que les bonnes relations avec le Maroc seraient
une des priorités de sa politique étrangère.
S'agit-il de déclarations de bonnes intentions
ou les deux pays souhaitent-ils réellement
améliorer leurs relations bilatérales
?
Miguel
Hernando de Larramendi - «
Ces déclarations reflètent un nouveau
climat qui permettra de consolider le processus
de normalisation des relations bilatérales
entamé en janvier 2003 avec le retour à
Madrid et à Rabat des ambassadeurs respectifs
des deux pays. La rapidité avec laquelle
José Luis Rodriguez Zapatero s'est plié
à la tradition voulant que la première
visite officielle du chef du gouvernement se fasse
au Maroc montre la priorité qu'il accorde
aux relations avec ce pays. Il s'y est rendu une
semaine à peine après son investiture
comme président du gouvernement. Toutefois,
l'amélioration des relations bilatérales
ne peut se limiter à l'échange de
déclarations de bonnes intentions. Elle
nécessite une refonte des relations et
doit faire fi d'expressions comme " l'Espagne
et le Maroc sont condamnés à s'entendre
". Elle doit aussi miser sur la construction
de relations de bon voisinage. »
José Luis Rodriguez Zapatero a succédé
en mars à José Maria Aznar, chef
du gouvernement espagnol de 1996 à 2004.
Comment définissez-vous la politique marocaine
de l'Espagne de ces huit dernières années
?
Miguel
Hernando de Larramendi - «
Les huit années passées au pouvoir
par José Maria Aznar peuvent se diviser
en deux époques qui coïncident à
peu près avec les législatures où
le Parti Populaire (PP) a gouverné. Lors
de la première législature - le
PP n'a pas obtenu la majorité absolue -
une certaine continuité de la politique
extérieure envers le Maroc et le monde
arabe a dominé. Les attentats du 11 septembre
2001 ont contribué à ce que José
Maria Aznar accorde une attention personnelle
accrue aux questions de politique extérieure
lors de son second mandat. Ces attentats ont renforcé
l'orientation atlantiste de la politique extérieure
espagnole.
Les relations avec le Maroc se sont détériorées
à partir d'avril 2001 lorsque ce dernier
n'a pas renouvelé l'accord de pêche
signé avec l'Union Européenne dont
avaient besoin les pêcheurs espagnols. Le
gouvernement espagnol a interprété
cela comme un geste clair de mauvaise volonté.
A partir de ce moment, les relations sont entrées
dans une spirale négative, auto-alimentée
par des reproches mutuels portant sur le contrôle
de l'immigration illégale ou l'attitude
espagnole dans le dossier du Sahara occidental.
Les tensions entre les deux pays ont atteint leur
paroxysme avec la crise de l'îlot du Persil
en juillet 2002 (cf. encadré). La vision
qu'a José Maria Aznar des relations avec
le Maroc, partagée par de nombreux Espagnols,
apparaît dans ses déclarations au
Forum de Fomentor. Il affirme alors que si le
Maroc est important pour l'Espagne, l'Espagne
est plus importante encore pour le Maroc, sous-entendant
que ce dernier a le plus à perdre de la
crise bilatérale de l'époque. »
Quel
était le rôle de la politique marocaine
de José Maria Aznar dans le jeu géopolitique
de l'Espagne au Maghreb ?
Miguel
Hernando de Larramendi - « Alors
que la Méditerrannée est restée
une priorité des échanges multilatéraux,
le gouvernement de José Maria Aznar a cessé
de privilégier le Maroc sur le plan bilateral,
renouant avec certains "tics africanistes"
du passé qui exploitent les différences
entre pays maghrébins. En se rapprochant
de l'Algérie, l'Espagne pouvait à
la fois pénaliser le Maroc et montrer à
ses dirigeants que les priorités bilatérales
pouvaient être redéfinies. C'est
dans ce contexte que les réticences espagnoles
envers l'Algérie, qui prévalaient
depuis le coup d'état de 1991 et la guerre
civile, ont été levées. L'Algérie
a été élevée au rang
de partenaire stratégique par le gouvernement
de José Maria Aznar au moment de la crise
avec le Maroc. C'est dans ce cadre que s'inscrit
la signature d'un traité d'amitié
et de bon voisinage avec ce pays, similaire à
celui signé en 1991 avec le Maroc et en
1995 avec la Tunisie. L'intensification des relations
et des échanges avec l'Algérie ont
en outre été favorisées par
les bonnes relations personnelles que José
Maria Aznar entretenait avec le président
algérien, Abdelaziz Boutefflika, qui aspirait
à réhabiliter son pays sur la scène
internationale après "l'embargo moral"
auquel il a été soumis dans les
années 90. Au cours de la présidence
espagnole de l'Union Européenne, en avril
2002, José Maria Aznar s'est rendu à
Valence pour assister personnellement à
la signature de l'accord d'association entre l'Algérie
et l'Union Européenne, conclu en marge
de la conférence Euro-Méditerrannée.
La priorité accordée aux relations
avec l'Algérie - un pays clé pour
garantir l'approvisionnement énergétique
espagnol- s'est accompagnée du lancement
de grands projets d'infrastructure comme la construction
d'un second gazoduc qui, à la différence
du gazoduc Maghreb Europe, reliera les gisements
algériens avec le réseau espagnol
de gaz naturel sans passer par le Maroc. »
A
l'inverse, quelle a été la politique
espagnole du Maroc durant les années Aznar
?
Miguel
Hernando de Larramendi - «Au
Maroc, la politique extérieure - à
l'instar de la justice, des affaires religieuses
et du ministère de l'Intérieur -
est un domaine réservé de la monarchie
qui désigne directement le ministre des
Affaires Etrangères et les ambassadeurs.
Cette réalité contribue à
renforcer l'opacité entourant les prises
de décision qui échappent à
un contrôle parlementaire et même
gouvernemental. Le retrait de l'ambassadeur du
Maroc en Espagne, en octobre 2001, ou la prise
de l'îlot du Persil en juillet 2002 ont
été décidé par Mohamed
VI et son groupe restreint de conseillers sans
que la majorité des ministres du "gouvernement
d'alternance" dirigé par Abderrahman
Youssoufi n'en soient avertis. Cela injecte une
certaine imprévisibilité dans les
relations avec l'Espagne, perçues par une
partie de l'élite politique marocaine francophone
comme moins importantes que celles avec la France.
Toutefois, au cours de ces dernières années,
l'image de l'Espagne s'est considérablement
améliorée auprès de la classe
politique et économique marocaine. Le succès
économique espagnol et la transition politique
ont contribué à faire naître
un intérêt plus grand. Surtout que
depuis que l'Espagne a intégré la
Communauté Européenne, elle s'est
faite, comme la France, l'avocat des efforts déployés
par le Maroc pour renforcer ses liens avec Bruxelles,
jugés vitaux par Rabat. La crise hispano-marocaine
de 2001-2003 a dégradé cette nouvelle
vision de l'Espagne et alimenté des réactions
nationalistes qui ont poussé les relations
dans une spirale négative. »
Comment
expliquez-vous qu'en dépit des relations
déplorables entre le Maroc et l'Espagne,
celle-ci soit devenue le 2ème partenaire
économique du royaume chérifien
?
Miguel
Hernando de Larramendi - «
L'essor des relations commerciales est sans
aucun doute l'une des pricipales réussites
du "matelas d'intérêts communs"
érigé comme outil de prévention
dans les années 90 au vu des tensions
récurrentes entre les deux pays. Leur
autonomie par rapport aux Etats explique l'absence
d'impacts négatifs. Toutefois, l'embellie
économique n'a pas permis d'endiguer
une crise durable qui n'a été
canalisée qu'après la médiation
américaine dans l'affaire de l'îlot
du Persil. A ce moment, l'administration Bush
préparait l'invasion de l'Irak et ne
voyait pas d'un bon oeil l'enlisement d'un
conflit entre deux de ses alliés en
Méditerrannée occidentale. Par
contre, le reste des relations ont rapidemment
été affectées. Ainsi,
la coopération en matière d'immigration,
la coopération universitaire ou le
lancement de nouveaux programmes d'aide au
développement économique ont
été gelés tout comme
les échanges entre les sociétés
civiles qui dépendaient des financements
publics des deux pays. »
L'épisode le plus mouvementé
des relations hispano-marocaines de ces dernières
années reste la crise de l'îlot
du Persil/Leila en juillet 2002. A posteriori,
quel regard portez-vous sur celle-ci ?
Miguel
Hernando de Larramendi - «
Le "matelas d'intérêts communs"
s'est révélé insuffisant
pour amortir et désamorcer une crise
initialement liée à la pêche
mais qui a contaminé toutes les relations
hispano-marocaines. Et culminé avec
le recours à la politique du fait accompli
de la part du Maroc et l'usage de la force
par l'Espagne lors de la dispute du Persil.
Cette crise gloable a montré la fragilité
des relations entre les sociétés
civiles des deux pays et l'échec des
mécanismes de dialogue politique prévus
par le Traité d'amitié et de
bon voisinage de 1991. La présence
de sujets tabous, comme les revendications
territoriales marocaines, au sein de l'agenda
bilatéral favorise en outre leur possible
instrumentalisation par le Maroc comme élément
de pression en cas de crise, introduisant
une instabilité potentielle dans les
relations bilatérales. L'occupation
marocaine de l'îlot du Persil l'a prouvé.
La crise du Persil a en outre accru la méfiance
envers la France comme partenaire dans la
région et encouragé un rapprochement
avec l'Algérie, pour pénaliser
le Maroc. Certains ont voulu voir dans la
génèse de la crise hispano-marrocaine
la "main noire" de Paris. Ce point
de vue a été conforté
par le blocage français d'un communiqué
européen de soutien à l'Espagne
en pleine crise du Persil. Les défenseurs
du virage atlantiste du gouvernement de José
Maria Aznar se sont saisis de cet argument
et de la médiation de Colin Powell
dans l'affaire du Persil pour montrer qu'en
cas de conflit avec le Maroc, la défense
des intérêts espagnols en Afrique
du Nord passe par un rapprochement avec les
Etats-Unis. Et ce au moment même où
les Américains signent leur grand retour
au Maghreb. Ils aspirent à créer
une zone de libre-échange avec leur
projet de Grand Moyen-Orient. »
Plus
récemment, les relations entre l'Espagne
et le Maroc ont été marquées
par les attentats du 11 mars 2004 à
Madrid. Quel impact ont-ils eu sur les relations
bilatérales ?
Miguel
Hernando de Larramendi - «
Ils
ont introduit la lutte anti-terroriste et
la coopération en matière de
sécurité au coeur de l'agenda
bilatéral pour lutter contre ce qui
est perçu comme une menace partagée.
Ils prouvent aussi l'étendue de la
méfiance qui règnait entre les
services de sécurité et d'intelligence
des deux pays après la crise de l'îlot
du Persil. Le fait que l'une des cibles des
attentats du 16 mai 2003 (1) de Casablanca
soit la "Casa de Espana" (Maison
de l'Espagne) n'a même pas donné
lieu à un échange d'information
et à une collaboration efficace. L'enquête
a aussi montré le lien entre les auteurs
des attentats et le trafic de drogue en provenance
du nord du Maroc. Suite à la visite
officielle de José Luis Rodriguez Zapatero
au Maroc, les efforts pour une meilleure collaboration
et coordination se font sentir avec la visite
du ministre marocain de l'intérieur,
Mustapha Sahel, en Espagne ou avec celle au
Maroc du ministre espagnol de la Justice,
Juan Fernando Lopez Aguilar.»
Depuis
les attentats du 11 mars à Madrid,
comment le Maroc et les Marocains sont-ils
perçus en Espagne ?
Miguel
Hernando de Larramendi - «
L'image
du Maroc et des Marrocains n'est pas bonne,
comme le montre les sondages régulièrement
réalisés par le Centre d'Investigations
Sociologiques ou l'Institut Elcano (Centre
d'études internationales et stratégiques).
Les attentats du 11 mars, dans lesquels semblent
impliqués un nombre important de citoyens
marocains apparemment liés au Groupe
Islamique Combattant Marocain (GICM), ont
détérioré cette image,
alimentant des préjugés et des
clichés profondément ancrés
dans les mentalités. Ceux-ci tendent
à voir le "marocain musulman"
comme l'adversaire ancestral de l'"espagnol-chrétien".
Jusqu'ici, il n'y a pas eu de violences xénophobes
comme celles d'El Ejido il y a trois ans,
mais on ne peut pas exclure qu'elles se produisent.
Les attentats ont aussi contribué à
ce que l'image qu'ont les Espagnols des Marocains
se construise sur la religion et le débat
sur le contrôle de la religion musulmane,
majoritairement prêchée par des
immigrants venus du Maroc. Certains milieux
conservateurs espagnols se servent de ces
attentats pour dire que la politique d'immigration
espagnole doit privilégier les latino-américains
et les européens de l'Est, jugés
plus facilement "intégrables".
Les chiffres du recensement de décembre
2003 révèlent d'ailleurs que
la communauté équatorienne a
supplanté la communauté marocaine
en nombre. »
Trois
jours après les attentats du
11 mars, José Luis Rodriguez
Zapatero arrive au pouvoir en Espagne.
A ce moment, comment se portent les
relations entre l'Espagne et le Maroc
?
Miguel
Hernando de Larramendi - «
Officiellement, la crise bilatérale
s'est achevée avec la célébration,
en décembre 2003, à Marrakech,
d'une "réunion de haut niveau"
hispano-marocaine à laquelle ont
participé José Maria Aznar
et le premier ministre marocain, Driss
Jettou. Le processus de normalisation
avait débuté un an plus
tôt lorsque Mohamed VI a offert
aux pêcheurs galiciens affectés
par la catastrophe écologique du
Prestige la possibilité de revenir
sur les lieux de pêches marocains.
Les attentats de Casablanca ont contribué
à accélérer le processus
qui s'est achevé à Marrakech
avec l'échange de gestes de bonne
volonté en termes de contrôle
de l'immigration illégale. Des
différences portant sur les thèmes
à l'origine de la crise bilatérale
ont néanmoins introduit une fragilité
dans ces "retrouvailles". »
Que va changer, selon vous, le retour
de la gauche et l'arrivée de José
Luis Rodriguez Zapatero au pouvoir dans
les relations bilatérales ?
Miguel
Hernando de Larramendi - «A
Rabat, on se souvient que José
Luis Rodriguez Zapatero s'est rendu au
Maroc en décembre 2001 pour tenter
de débloquer la crise provoquée
par le rappel inattendu de l'ambassadeur
marocain en Espagne deux mois plus tôt.
A cette époque, le gouvernement
d'Aznar rechignait à reconnaître
l'existence d'une crise alimentée
tout l'été par des prises
de bec sur le contrôle de l'immigration
illégale. Ce n'est donc pas une
surprise que la victoire électorale
du PSOE ait été bien accueillie
par le Maroc. La publication par la MAP,
l'agence de presse officielle marocaine,
de l'intégralité du télégramme
de félicitations transmis par Mohamed
VI à José Luis Rodriguez
Zapatero en témoigne. La victoire
inespérée de Zapatero peut
donc contribuer à rétablir
la confiance perdue et créer un
climat propice au travail autour d'un
agenda bilatéral où, face
à d'anciens dossiers comme le Sahara
occidental ou Ceuta et Melilla, ont surgi
des problèmes comme l'immigration
illégale ou le terrorisme, causés
par le fossé économique
entre les deux rives du détroit
de Gibraltar. »
La
stratégie géopolitique de
l'Espagne au Maghreb devrait elle aussi
s'adapter à cette nouvelle donne.
Comment selon vous ?
Miguel
Hernando de Larramendi - «
La
priorité accordée aux relations
avec le Maroc ne doit pas se faire sur
le dos des relations avec l'Algérie.
Le poids croissant des questions migratoires
et de sécurité dans un agenda
bilatéral complexe où interfèrent
des dossiers de dimension maghrébine
comme le Sahara occidental, doit mener
à une reflexion profonde et à
une définition du Maroc sur lequel
l'Espagne veut parier. L'Espagne a besoin
d'un Maroc démocratique, prospère
et stable dans le cadre d'un Maghreb intégré.
C'est vers cet objectif que devrait tendre
la diplomatie espagnole tant sur le plan
bilatéral que multilatéral,
en reliant les intérêts espagnols
aux défis globaux de l'Europe du
Sud et du reste de la Méditerrannée.
»
Parmis
les nombreux contentieux entre les deux
pays -Sahara occidental, immigration illégale,
trafic de drogue, Ceuta et Mellila
- quels sont ceux qu'il vous semble urgent
de clore pour réellement améliorer
les relations entre les deux pays ?
Miguel
Hernando de Larramendi - «Déclarer
que des relations de bon voisinage sont
nécessaires n'implique pas que
les problèmes de fonds se résoudront
automatiquement
Ils exigent au
contraire une analyse en profondeur dossier
par dossier. Je ne crois pas qu'entre
deux pays qui essaient de s'entendre les
dossiers doivent interférer les
uns avec les autres. Cela a été
l'erreur des relations hispano-marocaines
du passé et l'instrumentalisation
de dossiers pour faire pression dans d'autres
dossiers a beaucoup compliqué les
relations entre les deux pays. Je pense
que le dossier du Sahara doit être
traité à part. Sinon, on
risque de tomber dans des excès
comme celui d'un journal marrocain à
gros tirage et lié à un
parti au gouvernement qui a demandé
dans son éditorial que l'ETA soit
soutenue pour faire pression sur l'Espagne
dans le dossier du Sahara occidental.»
Justement.
En ce qui concerne le Sahara occidental,
Rabat a souvent accusé Madrid de
soutenir les thèses du Front Polisario.
Quelle est la position espagnole dans
ce conflit et quel rôle pourrait
jouer l'Espagne dans sa résolution
?
Miguel
Hernando de Larramendi - «La
question du Sahara occidental génère
des tensions cycliques entre les deux
pays depuis que l'Espagne a cédé
l'administration du territoire au Maroc
et à la Mauritanie en 1975. Depuis,
la politique de tous les gouvernements
espagnols est de s'abriter derrière
les Nations Unies et leur doctrine. Celle-ci
affirme que le processus de décolonisation
ne sera pas achevé tant qu'un référendum
d'autodétermination n'aura pas
eu lieu. La position espagnole a été
critiquée tant par le Maroc que
par le Front Polisario qui aspirent tous
deux à voir l'Espagne soutenir
leurs thèses et qui ont fait pression
sur Madrid dans ce sens par le passé.
Une des explications avancées pour
expliquer la crise hispano-marocaine de
2001-2003 souligne que le Maroc a tenté
de provoquer par la force un alignement
espagnol sur les positions marocaines,
à un moment où Rabat envisageait
une issue favorable au conflit. Aujourd'hui,
le nouveau climat qui règne dans
les relations bilatérales a été
consolidé par les décalarations
de Zapatero sur le Sahara et sa disponibilité
à participer activement à
la recherche d'une solution politique.
Toutefois, cette recherche ne pourra pas
ignorer le référendum d'autodétermination
préconisé par les Nations
Unies et désirée par l'opinion
publique espagnole. La diplomatie espagnole
devrait donc tendre vers un rapprochement
politique entre les parties sans pour
autant soutenir ouvertement l'un ou l'autre
camp. »
(1)
Le 16 mai 2003, 20 personnes ont été
tuées à la Casa de Espana lors
de la vague d'attentats qui a frappé
Casablanca.
Propos
recueillis par Catherine Graciet
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La
crise de l'îlot du Persil/Leila
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- 11
juillet 2002 : un groupe de gendarmes
marocains prend position sur l'îlot
du Persil/Leila et y plante un drapeau
marocain. La souveraineté espagnole
de cet îlot inhabité a toujours
été contestée par
le Maroc.
- 14
juillet : Dans un communiqué,
la présidence danoise de l'Union
Européenne exige que Rabat "retire
immédiatement ses troupes"
et exprime sa "totale solidarité
avec l'Espagne".
- 15
juillet :
L'OTAN qualifie l'occupation marocaine
de "geste inamical' et exige le retour
au statu quo.
- 17
juillet :
L'armée espagnole déloge
les soldats marocains ayant pris position
sur l'îlot du Persil/Leila sans
rencontrer de résistance.
- 20
juillet : Les Etats-Unis font office
de médiateurs et obtiennent un
accord entre l'Espagne et le Maroc qui
prévoit le retour au statu quo.
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