Khadija
Mohsen Finan - «Traditionnellement,
ce conflit est conjointement géré
par le Palais et le ministère de l'Intérieur.
À son arrivée sur le trône,
Mohamed VI n'a pas réellement bouleversé
les choses. Il a néanmoins placé
ses hommes et, parmi ses conseillers, certains
ont été désignés pour
s'occuper de ce dossier. Le limogeage de Driss
Basri [Ex-ministre de l'Intérieur marocain]
n'a pas de lien direct avec la gestion de ce dossier.
Basri est écarté de la sphère
politique dans son ensemble qui comprend le dossier.
Sur le plan institutionnel, c'est le ministère
des Affaires Etrangères qui est aujourd'hui
en charge de ce dossier mais les décisions
sont prises au palais et continuent de l'être.»
Quel rôle jouent les militaires marocains
dans le dossier du Sahara Occidental ? Pourraient-ils
constituer un danger pour la monarchie si le Maroc
n'obtenait pas gain de cause ?
Khadija
Mohsen Finan -
«Les
militaires sont indirectement associés
à ce dossier, notamment par l'influence
qu'exercent certains d'entre eux sur le politique.
Mais on ne peut pas dire que ce dossier soit confié
ou géré par les militaires. Je ne
pense pas non plus, qu'il y ait une position commune
aux militaires là-dessus. En cas d'échec,
aussi relatif soit-il du Maroc dans l'issue de
ce conflit, il paraît difficile d'imaginer
que les militaires puissent le reprocher à
la monarchie ou même constituer un quelconque
danger politique directement en lien avec cette
question.»
Selon
le quotidien espagnol El Pais, le Maroc
a présenté en décembre 2003
à James Baker et Kofi Annan une esquisse
de proposition où il accepte le principe
d'une certaine autonomie du Sahara suite à
une consultation référendaire mais
après une révision constitutionnelle.
Qu'en pensez-vous ?
Khadija
Mohsen Finan -
«
La réforme constitutionnelle dont il est
question signifie une modification de l'organisation
étatique du royaume. Si cette opération
est mal maîtrisée et si les Marocains
n'en comprennent pas la nécessité,
elle risque d'affaiblir la monarchie. Mais ce
n'est pas parce que les Marocains la mettent en
avant dans leur réponse à James
Baker [Ancien secrétaire d'Etat américain
sous Bush père et représentant spécial
de l'ONU pour le Sahara Occidental] qu'ils vont
la mettre en pratique.»
En
octobre 2003, les critiques de la diplomatie marocaine
envers Kofi Annan, le secrétaire général
de l'ONU, laissaient entendre que le Maroc était
tenté de sortir le conflit des Nations
Unies. Est-ce toujours le cas aujourd'hui ? Des
négociations directes entre le Maroc et
l'Algérie sont-elles envisageables à
court terme ?
Khadija
Mohsen Finan - «A mon sens, ce
qui a été dit en octobre 2003 sur
la volonté marocaine d'extraire ce dossier
à l'Onu et de lui substituer un règlement
direct entre Marocains et Algériens était
destiné à gagner du temps et à
signifier la désapprobation du Maroc aux
propositions Baker. Nous connaissons bien la mésentente
devenue traditionnelle entre Alger et Rabat pour
croire à ce genre d'arguments. Cela ne
me paraît pas fondé dans la mesure
où il n'y a pas de changement majeur de
part et d'autre sur ce dossier.»
La
mise en place de patrouilles maritimes marroco-espagnoles
pour lutter contre l'immigration clandestine signifie-t-elle
que les relations entre le Maroc et l'Espagne
s'apaisent ? Avec quelle incidence sur le dossier
du Sahara Occidental ?
Khadija
Mohsen Finan - « Les signes de
décrispation ne signifient nullement que
les contentieux soient définitivement effacés.
Je ne pense pas non plus que le résultat
des législatives en Espagne puisse conditionner
la position de Madrid sur le règlement
du dossier saharien.»
Que
représente le dossier du Sahara Occidental
pour le pouvoir politique et militaire algérien
?
Khadija
Mohsen Finan - «En Algérie,
ce dossier a toujours représenté
un sujet de démarcation et de positionnement
à l'intérieur de la classe politique.
Aujourd'hui, au-delà de l'argumentation
utilisée par le chef de l'Etat algérien
destinée à séduire Washington,
on ne voit pas pourquoi la classe politique algérienne
se priverait d'un enjeu qu'elle a toujours instrumentalisé
sur le plan interne et qu'elle peut aujourd'hui
utiliser dans ses négociations avec les
Etats-Unis.»
Que
peut changer l'élection présidentielle
d'avril 2004 en Algérie ?
Khadija
Mohsen Finan - « La prochaine
élection présidentielle ne peut,
à mon avis, fondamentalement changer la
donne sur cette question. L'armée ne se
désintéressera jamais totalement
de ce dossier au profit de la présidence
et, quant bien même ce serait le cas, je
ne pense pas que les intérêts des
uns et des autres divergent là-dessus.
»
Concernant
le projet américain de "Grand Moyen-Orient",
quelles conséquences peut-il avoir sur
le conflit du Sahara Occidental et son éventuelle
résolution ?
Khadija
Mohsen Finan - «Le vrai changement
réside dans le fait que les Etats-Unis
sont ouvertement interventionnistes. Dans leur
volonté de démocratiser le "
Grand Moyen-Orient ", il y a la nécessité
de clore les conflits mineurs pour pouvoir se
consacrer aux dossiers qu'ils jugent prioritaires.
Dans ce grand dessein, Washington a besoin de
s'appuyer aussi bien sur Alger que sur Rabat.
Avec le Maroc, les liens traditionnels sont maintenus,
les deux pays viennent de signer des accords de
partenariat économique. Avec l'Algérie,
il y a une coopération de type commerciale
mais aussi militaire. Je ne pense pas que pour
Washington il faille faire un choix entre les
deux capitales. C'est Alger et Rabat qui veulent
le lire de cette façon à travers
leur contentieux bilatéral mais aussi pour
essayer de faire monter les enchères dans
les négociations. Mais nous ne sommes plus
à l'ère de la guerre froide où
il fallait choisir son camp, idéologiquement
marqué. Ceci étant, les Etats-Unis
souhaitent réellement en finir avec ce
conflit quitte à mettre la pression sur
un Maroc qui fait preuve de résistance
dans la volonté de trouver une issue viable
à ce dossier. Il n'en reste pas moins,
pour les Etats-Unis, un allié de longue
date dont Colin Powell en tournée dans
le Maghreb vient de saluer les efforts d'ouverture
politique.»
Propos
recueillis par Catherine Graciet
Copyright
© Cyberscopie
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A
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