Barak
Obama, le symbole de la nouvelle Amérique
Septembre
2008 - Julien Nessi
Le
candidat du Parti démocrate fait souffler un vent
nouveau sur la politique américaine. En phase avec
la soif de changement du pays après huit années
de présidence Bush, il se retrouve aujourd'hui aux
portes de la Maison Blanche. Retour sur l'ascension fulgurante
du jeune Sénateur noir de l'Illinois et décryptage
de " l'Obamania ".
La politique
américaine vit sa révolution. Elle porte le
nom de Barak Obama. Propulsé sur le devant de la
scène par sa victoire surprise sur Hillary Clinton,
lors des primaires démocrates, le jeune Sénateur
noir de l'Illinois n'en finit pas de bousculer l'ordre établi.
En à peine un an, Barak Obama est passé du
statut d'inconnu à celui de présidentiable
noir de la première nation du monde, soufflant un
vent nouveau sur la politique américaine. Présenté
par les médias du monde entier comme " un nouveau
Kennedy ", doué d'une intelligence politique
redoutable et d'un charisme ravageur, Barak Obama est la
vraie surprise de ces présidentielles américaines.
Après avoir terrassé la machine politique
Clinton, il est aujourd'hui en tête des sondages pour
l'élection du 4 novembre 2008 face à son rival
républicain John McCain. Il pourrait ainsi provoquer
un nouvel électrochoc politique en cas de succès
lors du vote décisif du mois de novembre. Quarante
ans après l'assassinat à Memphis de Martin
Luther King, le pasteur noir américain le plus influent
du XXème siècle et leader du Mouvement pour
les droits civiques aux Etats-Unis, l'avènement de
Barak Obama à la Maison Blanche sonnerait comme une
ultime pirouette de l'histoire. Qui est l'homme qui se cache
derrière le mythe naissant ? D'où vient-il
et quel est son parcours personnel ? Comment est-il passé
d'outsider en marge de l'establishment politique à
un présidentiable sérieux en passe de déjouer
les scénarios écrits d'avance dans les allées
du pouvoir à Washington. A quoi ressemblera l'Amérique
de Barak Obama en cas de victoire démocrate le 4
novembre prochain ?
Un
héritage métis et cosmopolite
Fils
d'un notable kényan guérisseur de la tribu
nomade des Luo et d'une mère américaine du
Midwest aux origines irlandaises, écossaises et cherokees,
Barack Obama est le fruit du multiculturalisme et du métissage.
Son parcours familial symbolise l'Amérique cosmopolite
et ouverte sur le monde dont il se revendique aujourd'hui
dans ses discours politiques. " La complexité
de son arbre généalogique fait de lui, au
sens strict, un personnage original ", écrivent
François Durpaire et Olivier Richomme dans "
L'Amérique de Barack Obama " (Edition Demopolis).
Né à Honolulu, à Hawaï, le 4 août
1961, le jeune Barak évolue très vite dans
des univers culturels différents. Par sa trajectoire
atypique, le candidat démocrate incarne la rencontre
des civilisations plutôt que leur choc, aux antipodes
de la vision néo-conservatrice véhiculée
par le théoricien Samuel Huntington. Abandonné
par son père originaire du Kenya à l'âge
de deux ans, élevé par ses grands-parents
blancs issus du Kansas, le jeune Barack Obama a passé
son enfance à Hawaï, avec une parenthèse
de quatre ans à Jakarta, en Indonésie. Le
métissage et le multiculturalisme sont donc inscrits
dans son histoire personnelle. L'héritage familial
(musulman, kenyan, noir américain, né à
Hawaï) d'Obama en fait une figure inclassable de la
scène politique américaine. Ses racines multiculturelles
et ses origines patchwork expliquent aujourd'hui sa capacité
à assumer des identités multiples.
Chicago,
l'éveil à la politique
Chicago,
ville d'adoption et de cur, constitue le tremplin
politique de Barak Obama. Après des études
universitaires à Los Angeles (" Occidental College
") et à New York, il sort diplômé
en 1983 de la prestigieuse université de Columbia
avec une licence en science politique (spécialisation
en relations internationales). Puis, c'est à Chicago,
dans l'Etat de l'Illinois, que Barak Obama se lance vraiment
dans la vie professionnelle et trouve sa voie entre l'engagement
citoyen et la présence sur le terrain social. Il
accepte un poste d'animateur social dans l'un des quartiers
les plus pauvres de la troisième plus grande ville
américaine, le fameux South Side. " Les trois
ans qu'il passe à Chicago comme animateur social
constituent son apprentissage de la chose publique. Il réalise
que les services municipaux, y compris la police, sont absents
de ces quartiers ", précisent les auteurs
de " L'Amérique de Barack Obama ". "
A Chicago, Obama a enfin pu connaître la réalité
de la vie des communautés noires. Choqué par
la pauvreté, qui lui rappelait ce qu'il avait vécu
en Indonésie, il était aussi subjugué
de trouver autant de chaleur, de volonté de se battre,
et de spiritualité ", écrit pour
sa part Audrey Claire, dans " Obama. Le roman de la
nouvelle Amérique " (éd. du Rocher).
Impressionné par le maire noir de Chicago, Harold
Washington, Obama décide de s'engager en politique
pour aller plus loin et surtout changer les choses. En 1988,
il quitte son emploi à Chicago pour étudier
le droit, indispensable pour se jeter dans les allées
du pouvoir politique aux Etats-Unis. Il étudiera
le droit pendant trois ans dans la prestigieuse université
d'Harvard à Washington. En février 1990, il
devient le premier président noir de la revue influente
de droit, la " Harvard Law Review ", une première
pour cette publication de référence consultée
par les décideurs politiques américains. Il
sort diplômé d'Harvard avec les félicitations
du jury. A la sortie, il retourne à Chicago et choisit
d'entrer chez " Miner, Barnhill et Galland ",
un cabinet juridique spécialisé dans la défense
des victimes et des discriminations. Parallèlement,
il trouve le temps d'enseigner le droit constitutionnel,
comme maître de conférence à la "
University of Chicago Law School ".
John
Kerry, une rencontre déterminante
Fort
de son expérience de terrain dans les quartiers populaires
de Chicago et de son parcours universitaire, Barak Obama
se lance dans la politique en 1996 en défendant ses
chances pour une place aux élections sénatoriales
de l'Etat de l'Illinois. " Cette campagne a été
fascinante. Avec son conseiller Dan Shomon, Obama a sillonné
l'Illinois. Cet Etat est un condensé du pays, presque
une préparation pour sa future ambition présidentielle
", dévoile Audrey Claire, stratège
politique qui côtoie aujourd'hui la nouvelle élite
politique américaine. Il finit par être élu
sénateur d'Etat de l'Illinois, sa carrière
politique est lancée. Pragmatique, apprécié
pour son sens du compromis et de l'initiative, Barak Obama
aiguise sa connaissance du jeu politique et tisse sa toile
au sein des réseaux politiques démocrates.
Balayé par Bobby Rush aux primaires démocrates
pour les élections à la Chambre des représentants
en 2000, Barak Obama s'accroche et fait preuve d'une ambition
intacte et d'une ténacité à toute épreuve.
Au-delà de ses qualités essentielles pour
percer dans l'arène politique, Barak Obama doit son
sursaut à John Kerry, la candidat démocrate
à la présidence en 2004. " Lors d'une
collecte de fonds au moment des primaires démocrates,
Obama fait la rencontre qui va déterminer son avenir
: John Kerry, impressionné par le discours qu'il
prononce à cette occasion, le contacte quelques mois
plus tard pour lui demander de parler à la Convention
démocrate de Boston ", rappellent François
Durpaire et Olivier Richomme. Ce discours programme du parti
démocrate, prononcé le 27 juillet 2004 devant
35 000 partisans, le propulse sur le devant de la scène.
Il fait l'apologie du rêve américain en revenant
sur ses origines familiales, réitère son opposition
à la guerre en Irak et appelle à l'union des
Américains. Eloquent, charismatique et capable d'enflammer
les foules, le sénateur de l'Illinois provoque un
tonnerre d'applaudissement et séduit les médias
américains. Du jour au lendemain, il devient une
star de la gauche américaine et s'impose comme l'étoile
montante du parti démocrate. Grâce à
cette soudaine notoriété et à son habileté
politique, il remporte le 2 novembre 2004 les élections
sénatoriales de l'Etat de l'Illinois, avec 70% des
voix contre 27% à son adversaire. " C'est
la victoire la plus écrasante de toute l'histoire
électorale du Sénat américain ",
précise les auteurs de " L'Amérique de
Barak Obama ". L'élection d'un sénateur
noir américain ne passe dorénavant pas inaperçu
dans les allées du Sénat américain
à Washington.
Le
Sénat, tremplin pour un destin national
Barak
Obama prête serment le 5 janvier 2005. Il s'investit
aussitôt dans sa nouvelle mission et profite de son
élection pour accélérer son ascension
fulgurante. Il devient membre de nombreuses commissions
(Relations étrangères, Santé, Education,
Travail, Retraites, Sécurité nationale, Anciens
combattants) et multiplie les initiatives législatives
(prévention de la grippe aviaire, non prolifération
nucléaire, moralisation de la vie politique...).
Son mandat de Sénateur est aussi l'occasion de faire
de nombreux voyages officiels à l'étranger
et de s'investir dans les dossiers complexes de la politique
internationale (Russie, Azerbaïdjan, Ukraine, Koweït,
Irak, Jordanie, Israël, Kenya, Afrique du Sud, Djibouti,
Ethiopie, Tchad). Les observateurs décèlent
déjà en lui une capacité hors norme
à concilier les points de vue opposés. "
Cette capacité à créer des coalitions
bipartisanes est déterminante pour qui veut être
un jour président des Etats-Unis ", expliquent
François Durpaire et Olivier Richomme. Durant ces
années dans son fauteuil de sénateur noir
américain, Obama développe ses idées
politiques, cultive son image de symbole du multiculturalisme
à l'américaine et remplit son carnet d'adresses
à l'échelle nationale et internationale. Le
Sénat devient vite un tremplin politique au service
des ambitions du leader démocrate. Barak Obama ne
cache plus son désir de se lancer un jour dans la
course à la Maison-Blanche.
Des
primaires démocrates à rebondissements
Barak
Obama lance sa candidature à l'investiture démocrate
le 10 février 2007. Face à lui, la machine
Hillary Clinton, au cur de l'establishment américain,
est déjà en marche depuis longtemps. Un sacré
challenge pour le sénateur noir de l'Illinois. Ces
primaires démocrates qui voient s'opposer pour la
première fois deux candidats issus des minorités,
une femme et un noir américain, se transforment en
duel infernal. Tous les coups sont permis entre les deux
prétendants. La compétition captive les médias
et connaît de nombreux rebondissements. Grâce
à ses talents d'orateur, à sa capacité
de lever des fonds auprès d'une nouvelle génération
de donateurs, à son positionnement idéologique
et à son utilisation innovante d'Internet, Barak
Obama réussit l'exploit de passer de la position
de challenger à celle de favori pour l'investiture
démocrate. Selon François Durpaire et Olivier
Richomme, " le succès financier de l'équipe
Obama tient principalement à deux facteurs : la capacité
à trouver et solliciter une nouvelle génération
de donateurs et une utilisation innovante d'Internet ".
Claire Audrey, quant à elle, voit les facteur du
succès Obama dans sa " puissance fédératrice
" mais aussi au fait qu'il appartient à nouvelle
génération d'hommes politiques noirs : jeunes,
démocrates, bien éduqués et indépendants.
La force d'Obama, c'est de posséder l'un des atouts
majeurs du politique : un charisme exceptionnel. "
La personnalité d'Obama respire le charme, un charme
un peu vieille école ", dévoile Audrey
Claire. " En politique, être en phase avec
le désir de la société est la première
des qualités. Obama apporte une fraîcheur,
une éloquence, un charisme qui ont disparu de la
scène politique américaine depuis JFK ",
peut on lire dans la biographie de François Durpaire
et Olivier Richomme. Bref, au pragmatisme clintonien s'oppose
le charme d'Obama, capable de faire rêver les gens.
La popularité du sénateur noir américain
repose aussi sur une conjoncture particulière, à
un moment charnière de l'histoire américaine.
Le pays a soif de nouvelles perspectives après huit
années de gouvernement Bush (attaques sur les libertés
civiles, accusations de torture, malversations et corruption
pendant la guerre en Irak). Obama arrive tout simplement
au bon moment. Sa stratégie de rupture idéologique
avec l'ère Bush, sur fond d'enlisement en Irak, amplifie
son aura auprès de l'opinion américaine. "
Dans la société éclatée de l'Amérique
moderne, Obama offre dans ses discours une vision d'une
diversité assumée. Il incarne par sa personnalité
même les valeurs de notre époque ",
expliquent François Durpaire et Olivier Richomme.
Barak
Obama représente une nouvelle Amérique, réconciliée
avec elle-même et les autres. Il est en adéquation
avec la soif de changement du peuple américain, après
huit d'administration Bush. Premier candidat afro-américain
à avoir une chance d'être élu président
des Etats-Unis, Barak Obama pourra-t-il changer la donne
?
Pour
en savoir plus :
www.barackobama.com,
site officiel de Barak Obama
" L'Amérique de Barack Obama ", François
Durpaire et Olivier Richomme, Edition Demopolis, 2007
" Obama. Le roman de la nouvelle Amérique ",
Audrey Claire, Ed. du Rocher, 2007
" L'audace d'espérer ", Barak Obama, Presses
de la Cité, 2007
" La révolution Obama. Comment il change l'Amérique.
Son parcours, ses idées et ses réseaux ",
Hors Série de Courrier International, 2008
Julien
Nessi
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