L'eau,
une priorité pour l'Afrique
Mai
2005 - Julien Nessi
Environ
300 millions de personnes en Afrique, plus du tiers de la
population du continent, n'ont aujourd'hui toujours pas
accès à l'eau potable, et 400 millions, soit
près de 50%, aux services d'assainissement. Paris
a accueilli en mars et avril derniers plusieurs conférences
de haut niveau pour faire avancer le dossier urgent de l'eau
en Afrique.
"
En Afrique, plus qu'ailleurs, l'eau est au cur de
tous les enjeux du développement. La santé,
l'éducation, la lutte contre la faim et l'extrême
pauvreté, la condition de la femme, la préservation
de l'environnement ou la prévention des conflits.
Malgré l'ampleur des défis, la solution de
la question de l'eau en Afrique est aujourd'hui à
notre portée ", tel était le message
adressé par Jacques Chirac aux participants de la
conférence euro-africaine sur la gestion de l'eau
et l'aménagement des territoires, organisée
par l'Académie de l'eau (voir encart) et l'Unesco
les 22 et 23 mars 2005. Cette réunion de haut niveau
a rassemblé une quarantaine de spécialistes
du secteur de l'eau venus d'Europe et d'Afrique pour partager
leurs connaissances et leurs expériences. Elle a
notamment permis de dresser un état des lieux dramatique
de la situation de l'eau en Afrique.
L'Afrique,
un continent assoiffée
10 pays
africains se trouvent en situation de pénurie, c'est-à-dire
recevant moins de 1 000 m3 d'eau par an par habitant. Un
Africain consomme en moyenne 20 à 30 litres d'eau
par jour alors qu'un Européen en consomme 300 à
400 litres par jour. 30 des 50 pays comptant plus de 20%
de " mal nourris " se trouvent en Afrique. L'eau
est une ressource vitale pour l'agriculture. Sur le continent
africain, la majeure partie de la population rurale dépend
directement de l'agriculture sur le plan alimentaire et
économique. L'eau est aussi la première cause
de mortalité au monde. La mauvaise qualité
de l'eau consommée et des conditions sanitaires et
d'hygiène est à l'origine de la mort de 8
millions de personnes par an, dont 50% d'enfants ; la zone
la plus touchée est l'Afrique, avec des pathologies
comme le choléra, la typhoïde, la malaria
Lors
de l'inauguration de la première conférence,
Maria Mutagamba, ministre d'Etat de l'eau de l'Ouganda et
président du Conseil des Ministres africains de l'eau
(1), a rappelé l'urgence de venir en aide à
l'Afrique : " Il y a urgence en Afrique dans l'accès
à l'eau potable et à l'assainissement. Des
millions de vies souffrent. 3000 enfants meurent chaque
jour faute d'accès à l'eau potable. C'est
l'équivalent de 20 boeings qui s'écrasent
chaque jour. C'est une catastrophe rampante et les réactions
de la communauté internationale sont bien faibles.
Il faut passer du rêve d'action à la réalité.
Aujourd'hui, il faut bouger ! ". Pour Loïc
Fauchon, le président du Conseil mondial de l'eau
(2), " l'Afrique a notamment besoin que l'Europe
se mobilise davantage en matière d'eau. Le continent
africain ne doit pas être une nouvelle victime du
Tsunami ! ".
Des
défis colossaux
Dans
ces conditions, l'eau en Afrique est un véritable
défi à relever dans les prochaines années.
Cette conférence a permis de fixer les priorités
et un cadre d'action pour améliorer l'accès
à l'eau potable et à des services d'assainissement
aux populations africaines. Les participants ont tous rappelé
l'urgence des Objectifs du Millénaire pour le Développement
(3), qui sont de réduire de moitié, d'ici
à 2015, le pourcentage de la population mondiale
qui n'a pas accès à l'eau potable et à
des services d'assainissement de base. A l'issue des deux
journées, une déclaration finale a fixé
des principes d'action à suivre pour parvenir à
atteindre ces objectifs. La nécessité d'une
politique intégrée dans le domaine de l'eau,
une approche par bassin ou sous-bassin hydrographique ou
encore des politiques nationales d'accès à
l'eau définissant les objectifs et le cadre appropriés
pour les différents acteurs, voilà quelques
uns des points retenus dans cette déclaration finale.
Tout les intervenants ont également souligné
que la gestion et l'accès des ressources en eau sont
au centre de leur stratégie de développement
durable.
La
déclaration de Paris
Le 1er
avril 2005, la capitale français a accueilli une
autre réunion de haut niveau sur la question de l'eau
en Afrique. Organisée par la Banque Africaine de
Développement (4), cette conférence internationale
a porté sur l'alimentation en eau et l'assainissement
en Afrique. A l'issue de cette rencontre, les ministres
africains et les représentants d'organisations internationale
(Unicef, Banque mondiale, ONG
) ont adopté "
la déclaration de Paris ", qui réaffirme
l'objectif de fournir l'accès à l'eau potable
et à des services d'assainissement à 80% des
foyers en Afrique rurale avant 2015. Le coût de ce
programme est évalué 14,2 milliards de dollars
pour les 10 années à venir. Alors qu'en septembre
prochain, les Nations Unies se pencheront sur le chemin
parcouru et le bilan pour atteindre les Objectifs du Millénaire
pour le Développement, ces deux conférences
de haut niveau ont réaffirmé l'urgence de
la question de l'eau en Afrique.
(1)
Le Conseil des Ministres africains de l'eau (AMCOW) est
une institution créée par les Ministres chargés
de l'eau dans l'ensemble de l'Afrique, avant tout pour promouvoir
la coopération, la sécurité, le développement
socio-économique et la réduction de la pauvreté
dans les pays membres, grâce à une bonne gestion
des ressources en eau et à l'amélioration
des services d'approvisionnement en eau.
(2)
Le Conseil mondial de l'eau est une organisation internationale
visant à promouvoir une meilleure gestion des ressources
en eau auprès des décideurs et à influencer
les politiques de l'eau.
(3)
Les Objectifs du Millénaire pour le Développement
(OMD) ont été arrêtés par l'Assemblée
générale des Nations Unies en 2000, puis complétés
au Sommet mondial du développement durable tenu à
Johannesburg en 2002.
(4)
La Banque Africaine de Développement (BAD) joue un
rôle d'investisseur pour soutenir le développement
du secteur de l'eau en Afrique. En 2000, elle a adopté
la politique de la Gestion Intégrée des Ressources
en Eau (GIRE), fondée sur la reconnaissance que l'eau
a une utilité environnementale, sociale et économique
et que sa gestion doit être optimisée. La BAD
soutient également plusieurs initiatives régionales
en matière d'eau (Vision africaine de l'eau pour
2005, Fond africain pour l'eau (AWF), programme du NEPAD,
l'initiative pour l'assainissement et l'approvisionnement
en eau dans les zones rurales (RWSSI).
L'Académie de l'eau, une
instance de réflexion
Créée
en 1993, l'Académie de l'eau est une instance de
réflexion pluridisciplinaire et transversale sur
l'eau composée d'un réseau d'experts bénévoles
(scientifiques, médecins, urbanistes, sociologues
).
Pour Marc Gentilini, ancien président de la Croix
Rouge Française et à la tête de l'Académie
de l'eau depuis avril 2002, son objectif est de faire en
sorte que l'eau devienne une priorité politique.
" L'accès à l'eau potable est une urgence
absolue pour manger ou encore se développer. Progressivement,
l'action a été mise sur la nécessité
d'une eau en quantité et en qualité. Les chiffres
alarmistes sur la mortalité liée au manque
d'accès à l'eau potable et à une mauvaise
qualité d'eau doivent être mobilisateurs ",
prévient ce médecin de formation, spécialiste
des maladies tropicales. Bien que soutenue par le ministère
de l'Ecologie et du Développement durable, cette
Académie manque cruellement de moyens financiers
pour remplir tout ses objectifs.
Académie de l'eau www.academie-eau.org
Julien
Nessi
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http://www.cyberscopie.info
Pour aller plus loin :
Unesco
www.unesco.org
Initiative européenne sur l'eau (EUWI)
www.euwi.net
Conseil des Ministres africains de l'eau (AMCOW) www.thewaterpage.com/amcow.htm
Réseau africain des organismes de bassin (RAOB)
www.riob.org
Conseil mondial de l'eau
www.worldwatercouncil.org