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Caucase
du nord : quel avenir après Beslan ?
Janvier 2005 - Julien Nessi
La
tragédie de la prise d'otages de Beslan, en Ossétie
du Nord, et l'enlisement du conflit tchétchène
font craindre une nouvelle escalade de la violence dans
une région traditionnellement instable. De nombreux
experts redoutent une montée des tensions ethniques
et religieuses, voire un embrasement régional, et
préconisent de relancer au plus vite une dynamique
de paix en Tchétchénie.
"
Le Caucase, ce sont les Balkans du XXIème siècle
" écrivait, au lendemain de la chute de
l'empire soviétique, l'ancien conseiller de Jimmy
Carter Zbigniew Brzezinski dans son essai resté célèbre
" Le Grand échiquier : l'Amérique
et le reste du monde ". Le géostratège
américain suggérait notamment de surveiller
de très près cette région instable
et mouvante, véritable creuset ethnique et religieux,
au carrefour stratégique de l'Europe et de l'Asie.
Le dénouement tragique de la prise d'otages à
l'école de Beslan, le 3 septembre dernier, qui a
fait officiellement plus de 330 morts et 500 blessés,
rappelle à quel point le versant nord du Caucase
repose en permanence sur un volcan mal éteint. Avec
comme épicentre le conflit tchétchène.
Après le drame de Beslan, les observateurs craignent
une montée des tensions ethniques et religieuses
entre les petites républiques autonomes. A commencer
par l'Ossétie du Nord et l'Ingouchie. En 1992, une
courte guerre avait déjà opposé les
Ossètes du Nord, majoritairement chrétiens,
aux Ingouches, à majorité musulmane. Cette
rivalité résulte de l'histoire complexe de
la région. Les Ingouches et les Tchétchènes
ont été déportés en 1943 par
Staline. Les Ingouches reprochent aux Ossètes du
Nord d'avoir envahi et occupé leur région
pendant leur déportation. En 1992, au moment de la
division de la république de Tchétchénie-Ingouchie
en deux républiques autonomes, les Ingouches souhaitaient
notamment récupérer le district de Podgorodny.
La tragédie de l'école de Beslan pourrait
réveiller à nouveau le clivage ethnique entre
ces deux peuples caucasiens. C'est précisément
ce que craint Alvaro Gil-Robles, le Commissaire aux Droits
de l'Homme du Conseil de l'Europe qui a récemment
effectué une tournée dans la région.
" J'ai visité le cimetière de Beslan
le 25 septembre dernier. Sur les tombes des enfants sont
posés des cartouches de Kalachnikov. Dans la culture
caucasienne, ces signes ne trompent pas : ils signifient
clairement un désir de vengeance. L'objectif du commando
est de provoquer une réaction de vengeance de la
population. A l'issue de la période du deuil orthodoxe
(mi-octobre), le risque de conflit entre Ossètes
et Ingouches, assimilés aux Tchétchènes,
est très grand ", explique-t-il. Pour ce
haut fonctionnaire européen, Beslan a réellement
changé la donne et risque de provoquer une dynamique
conflictuelle dans la région.
La seconde guerre de Tchétchènie, qui vient
d'entrer dans sa sixième année en octobre,
finit par déborder dans les républiques voisines
(Daguestan, Ingouchie) où vivent plusieurs milliers
de réfugiés tchétchènes. L'impasse
politique et militaire de cette guerre ne fait que gangrener
chaque jour un peu plus la région. En Ingouchie,
les rebelles tchétchènes multiplient les incursions
armés et attaquent des postes de police et de l'armée,
comme en juin dernier à Nazran. Le Daguestan, qui
abrite l'une des plus importantes concentrations d'ethnies,
n'est pas non plus à l'abri de ce type d'actions.
Pour rappel, c'est l'incursion en août 1999 de combattants
radicaux tchétchènes qui avait déclenché
quelques mois plus tard le début du second conflit
avec les Russes. Au Daguestan, la situation est également
instable en raison de la bataille des groupes ethniques
pour le pouvoir, du sous-développement économique
et de la corruption des structures militaires et policières.
On retrouve d'ailleurs ces problèmes dans toutes
les républiques caucasiennes du Nord.
Que faire pour éviter cet embrasement régional
tant redouté ? Pour le Commissaire européen
aux Droits de l'Homme, qui s'est également rendu
à Grozny, la priorité est de relancer le processus
de reconstruction politique en Tchétchénie.
" La fin de la guerre, la lutte contre l'impunité
criminelle, la protection des ONG, l'organisation d'élections
libres, la protection des minorités du Caucase du
Nord à l'intérieur de la Fédération
de Russie sont des chantiers urgents ", explique-t-il.
Tant que le conflit tchétchène se poursuivra,
le Caucase du Nord reposera sur une poudrière
Julien
Nessi
"L'essentiel des relations internationales"
numéro 5, janvier - Février 2005
Copyright
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Le
Caucase du Nord
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Le
Caucase du Nord, baptisé également
Ciscaucasie, fait partie de la Fédération
de Russie et est composé de 7 Républiques
autonomes : l'Adygheira (7 600 km2, 450 000 habitants),
le Daguestan (50 300 km2, 2,2 millions d'habitants),
l'Ingouchie (2 700 km2, 300 000 habitants), le Karatchaevo-Tcherkessie
(14 000 km2, 435 000 habitants), l'Ossétie
du Nord (8 000 km2, 650 000 habitants), la Tchétchénie
(16 600 km2, environ 800 000 habitants). Le Daguestan,
la Tchétchénie, l'Ingouchie et l'Ossétie
forment le Caucase oriental tandis que les trois
autres Républiques constituent le Caucase
occidental. Le Caucase oriental est considéré
comme la zone la plus rebelle, le Caucase occidental
étant fortement russifié et plus stable
(excepté les tensions interethniques entre
les Tcherkesses et les Karatchaïs au sein de
la République de Karatchaevo-Tcherkessie).
Situé en la mer noire et la mer Caspienne,
le Caucase nord a toujours été une
région difficile d'accès et un sanctuaire
pour les rebelles en raison de sa chaîne de
montagnes qui s'étend sur plus de 1 000 kilomètres
de longueur avec des cols culminants à plus
de 5 000 mètres d'altitude.
Pour
en savoir plus :
- "Géopolitique
des Caucases", François Thual, Collection
référence géopolitique, Editions
Ellipse, février 2004
- "Le
grand échiquier : l'Amérique et le
reste du monde", Zbgniew Brzezinski, Editions
Bayard, 1998
- "Tchétchénie
: le déshonneur russe", Anna Politkovskaïa,
Editions Buchet/Chastel, 2003
- "La
Tchétchénie : entre guerre traditionnelle
et guerre asymétrique", Gaïzd
Minassian, Questions internationales n°9, septembre-octobre
2004
- "Dans
la poudrière du Caucase", Thomas
Gordadze, propos recueillis par Serge Enderlin,
Le Temps, 19 octobre 2004
- "Le
bourbier tchétchène, une affaire intérieure
russe", Charles Urjewicz, L'état
du monde 2005, Editions La Découverte
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