Cour
pénale internationale : mode d'emploi
Mars
2003
- Agnès Bouchaud
Après
quatre jours d'élections et 33 scrutins, les représentants
des 85 pays ayant ratifié le Statut de Rome, traité
fondateur de la Cour pénale internationale (CPI),
ont désigné les 18 juges qui siègeront
au sein des trois chambres de la Cour. Les magistrats se
réuniront début mars à La Haye et prêteront
serment le 11 mars 2003 au cours d'une cérémonie
officielle qui se tiendra au Parlement néerlandais
en présence de la reine Beatrix, hôte de la
CPI. L'élection du Procureur de la CPI, qui a été
repoussée, devrait avoir lieu entre le 21 et 23 avril
2003. Retour sur la genèse d'une institution dérangeante.
La
CPI sera chargée de juger les crimes "les
plus graves qui touchent l'ensemble de la communauté
internationale" (Préambule du Statut de
Rome adopté le 17 juillet 1998), à savoir
le génocide, les crimes contre l'humanité,
les crimes de guerre et le crime d'agression. Première
juridiction pénale internationale à caractère
permanent, elle est indépendante de l'ONU, et siègera
à La Haye (Pays-Bas).
Le Statut
de Rome qui porte création de cette nouvelle institution
a été adopté à ce jour par 139
Etats. La Cour qui devrait ouvrir ses portes à la
fin de l'année sera composée de la présidence,
de trois sections juridictionnelles (la chambre préliminaire,
la chambre de première instance, chambre des appels),
du bureau du procureur et du greffe.
L'élection
des premiers magistrats de la CPI qui s'est déroulée
du 4 au 8 février 2003 au cours d'une session de
l'Assemblée des Etats parties au Traité de
Rome, réunie au siège de l'ONU à New
York, marque une nouvelle étape dans la mise en place
du premier tribunal permanent des crimes de guerre.
La désignation
des juges a été marquée par une forte
opposition entre les pays anglo-saxons et les pays francophones,
chacun défendant une conception du droit international
différente, explique Fabrice Rousselot, correspondant
du quotidien français Libération, dans
un article publié le 10 février. La France
s'est battue en septembre 2002, lors de l'établissement
des statuts de la CPI pour imposer le concept, qui n'existe
pas en droit pénal anglo-saxon, de la participation
et la représentation des victimes aux futurs procès.
Une
procédure complexe
Les
18 magistrats (11 hommes et 7 femmes) ont donc été
choisis sur une liste de 43 candidats, proposés par
des pays de tous les continents en fonction de leur expérience
professionnelle et de leur spécialité en droit
pénal ou en droit international.
Les
juges ont été élus pour des périodes
différentes dans la perspective d'un renouvellement
par tiers tous les trois ans. La désignation des
mandats a été faite par tirage au sort. Divisés
en trois groupes de six magistrats, les juges serviront
la Cour pour un mandat d'une durée de trois, six
ou neuf ans. Seuls les juges élus pour trois ans
pourront se porter candidats pour un nouveau mandat. Les
juges nommés pour neuf ans sont Fatoumata Dembélé
Diarra (Mali), Elisabeth Odio Benito (Costa Rica), Maureen
Harding Clark (Irlande), Sylvia Helena de Figueiredo Steiner
(Brésil), Adrian Fulford (Royaume-Uni) et Karl Terrence
Hudson-Phillips (Trinité-et-Tobago). Claude Jorda
(France), Mauro Politi (Italie), Georghios Pikis (Chypre),
René Blattmann (Bolivie), Philippe Kirsch (Canada),
et Navanethem Pillay (Afrique du Sud) sont nommés
pour six ans. Enfin les juges nommés pour trois ans
sont Tuiloma Neroni Slade (Samoa), Erkki Kourula (Finlande),
Hans-Peter Kaul (Allemagne), Sang-hyun Song (République
de Corée), Anita Usacka (Lettonie) et Akua Kuenyehia
(Ghana).
L'Irlandaise
Maureen Harding Clark est le magistrat qui a reçu
le plus de suffrages. Cette spécialiste du droit
pénal travaillait jusqu'à présent au
TPIY (tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie).La
France a eu des sueurs froides lors de cette élection
puisque son candidat, Claude Jorda, actuel président
du TPIY, a été le dernier juge élu
dans la nuit du 7 au 8 février. Il siègera
aux côtés de deux défenseurs de la CPI,
le Canadien Philippe Kirsch, et l'Allemand Hans-Peter Kaul.
Agnès
Bouchaud
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La
Cour pénale internationale en quelques dates
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- 9
décembre 1948 : L'Assemblée générale
des Nations-Unies adopte la Convention pour la prévention
et la répression du génocide qui prévoit
la création d'une cour criminelle internationale.
L'ONU charge la CDI (commission de droit international)
de préparer un projet de statut de cour pénale
internationale.
- 1953
: La CDI adopte un projet de statut. Mais l'examen
de ce dernier est différé pendant
toute la durée de la Guerre Froide.
- 4
décembre1989 :
Les Nations Unies demandent à la CDI de reprendre
ses travaux sur la création d'une juridiction
pénale internationale.
- Juillet
1994 :
La CDI adopte un projet de statut de CPI.
- Décembre
1995 : Les Nations Unies créent un comité
préparatoire chargé de rédiger
" le texte consolidé d'une convention
portant création d'une Cour pénale
internationale "en vue d'un examen par une
conférence plénipotentiaire.
- Juillet
1998 : Conférence
de l'ONU à Rome. Elle réuni 160 Etats.
17 organisations intergouvernementales, 14 agences
des Nations unies et 124 ONG (organisation non gouvernementale)
ont également assisté aux travaux
de la conférence. Le statut de la Cour pénale
internationale est adopté dans la nuit du
17 au 18 juillet 1998, par 120 voix pour, 7 contre
(Chine, Etats-Unis, Inde, Israël, Barhein,
Qatar et Vietnam) et 21 abstentions.
- 31
décembre 2000 : Les Etats-Unis, Israël
et l'Iran signent in extremis le traité sur
la Cour pénale.
- 11
avril 2002 :
Le seuil des 60 pays ayant ratifié le statut
de Rome, nécessaire à la mise en place
de la CPI est franchi.
- 1er
juillet 2002 : Entrée en fonctions de
la CPI. Ses activités ne doivent cependant
débuter qu'après l'élection
des magistrats de la Cour.
- Septembre
2002 :
Première réunion de l'Assemblée
des Etats parties au Traité de Rome afin
d'adopter des textes nécessaires au travail
de la Cour, de voter son budget et de choisir la
procédure d'élection des juges et
procureurs.
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