[Otan
: les enjeux du sommet de Prague]
Paris attentive à la réforme de l'Alliance
atlantique
Novembre
2002 - Nicolas Bernard
Prague
sera le Sommet de la " transformation de l'Otan
". Plus que l'élargissement, c'est la
réforme de l'Alliance qui occupera le haut
des débats. L'enjeu du prochain sommet de
l'Otan sera double. À Prague, le 21 novembre
2002, l'Alliance s'élargira à de nouveaux
membres, mais s'engagera surtout sur le chemin de
la réforme. Une modernisation devenue plus
que nécessaire, pour faire face aux nouveaux
défis militaires à venir.
L'invocation
de l'article 5 de l'Otan, pour la première
fois dans son histoire au profit des Etats-Unis
-alors qu'il avait été pensé
pour l'Europe- a changé la vision commune
de la défense. L'ennemi ne vient plus de
l'Est comme pendant la guerre froide. " Désormais
la menace est asymétrique. L'Otan a perdu
son ennemi et par conséquent, de sa substance
", fait remarquer le député français
Jean-Michel Boucheron, chef de file de l'opposition
à la commission de la Défense et des
Forces armées de l'Assemblée nationale.
Le peu d'engagement de l'Alliance dans la campagne
anti-terroriste en Afghanistan et ses faibles capacités
à répondre aux nouveaux dangers montrent
bien que ses outils ne sont plus adaptés.
" Nous devons moderniser nos capacités
" avoue le chef de section à l'Otan,
Eric Lebedel. À Prague, les chefs d'Etat
et de gouvernements devraient donc adopter un paquet
de mesures contre le terrorisme et les armes de
destruction massive : laboratoire déployable
NBC (nucléaire, biologique, chimique), stock
de défense NBC, mise en place d'une force
de projection rapide et légère
Guy
Tessier, Président de la commission de la
défense à l'Assemblée nationale,
souligne l'intérêt de ces transformations
: " La France examinera ce projet avec attention
mais, non sans rappeler, que la création
d'une force de projection rapide est un dessein
qui se situe déjà au cur de
la démarche européenne ". La
France ne veut pas d'une force concurrente. Mais
sur ce sujet, la position française n'est
pas encore close. Jean-Michel Boucheron pose le
débat : " la projection de la force
d'intervention de l'Otan serait déployable
dans un laps de temps de 5 à 21 jours. Elle
ne serait donc pas vraiment en concurrence avec
celle des Européens. Je pense, au contraire,
que l'une peut être le début d'une
action de l'autre ". Quelle que soit l'issue
de cette question, elle rappelle l'importance d'aboutir
à un partenariat amélioré entre
l'Union européenne et l'Otan, afin de parvenir
à " un exercice réussi de diplomatie
préventive ".
Vers
une Alliance politique
L'Otan,
à l'intérieur de laquelle s'est construite
l'Identité Européenne de Défense
(IED), apparaît d'autant plus hors-jeu qu'elle
s'apprête à se transformer en une organisation
plus politique que militaire, afin de s'élargir
sans provoquer la Russie. Officiellement, "
un à neuf pays " sont susceptibles de
rejoindre les 19 Etats membres de l'Alliance à
Prague. En réalité et, sauf coup de
théâtre, ils ne seront que sept : l'Estonie,
la Lituanie, la Lettonie, la Slovénie, la
Roumanie, la Bulgarie et la Slovaquie. À
Paris, lors d'une conférence organisée
en octobre dernier par l'Institut des Relations
internationales et stratégiques (Iris), Guy
Tessier a renouvelé " le désir
et la volonté de la France d'emporter avec
elle la Roumanie dans l'Otan ". Les trois pays
Baltes seront aussi logiquement récompensés
de leurs efforts. L'entrée des "Baltes"
dans l'Alliance symbolise beaucoup. C'est, pour
les populations, presque une question de survie.
Adossés au géant Russe, les pays Baltes
trouveraient dans l'Alliance une protection libératrice.
D'ailleurs, Moscou se montre toujours récalcitrante
à cette idée, même si ses protestations
se font moins véhémentes. Il faut
dire que la création du conseil Otan-Russie
a fortement contribué à aplanir les
tensions. Pour Guy Tessier, " l'entrée
des pays Baltes signifie un non-retour définitif
dans le passé ". Le Président
de la commission de la Défense souligne donc
l'importance du geste, mais s'interroge : "
ces pays risquent d'être plus des consommateurs
que des producteurs de sécurité ".
Une image dont les "Baltes" tentent de
se défaire. Ils consacreront, pour preuve,
l'an prochain, 2 % de leur PIB respectif à
leur budget de la défense. Enfin, en augmentant
son budget de la défense nationale de 7,5
% par rapport à la loi de finance 2002, la
France souhaite se positionner comme un des pays
les plus allants en matière de défense
européenne. Par ce geste, elle compte affirmer
son leadership parmi ses partenaires et rattraper
son retard sur le Royaume-Uni. Seul pays jusqu'à
présent à avoir inclus dans son budget
2001-2002 une contribution pour le fonctionnement
de la force européenne de défense.
Guy Tessier souligne l'importance " du projet
Galileo [le projet européen de radionavigation
et de positionnement par satellite] aux yeux des
Français. Il est impératif de poursuivre
nos efforts en ce domaine ". Et d'ajouter :
" le programme de l'A400 M [l'avion de transport
militaire européen Airbus] doit aussi être
poussé vers le haut. Nous allons mettre toutes
nos forces pour peser dans la balance de ce programme.
Si ce projet est un échec, il symbolisera
aussi l'échec d'une défense commune
". Reste que si l'effort budgétaire
entrepris au plan national est salutaire, on peut
se poser la question de son effet au plan européen.
Ne serait-il pas en effet plus opportun de se concentrer
sur la mise en place d'une agence européenne
de la défense, capable de centraliser les
budgets et monopoliser les commandes ? Mais les
gouvernements sont-ils prêts à cela,
c'est-à-dire à perdre un pan de leur
souveraineté politique ?
Nicolas
Bernard
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