Tchétchénie
: les négociations avec la Russie au point mort
Mars
2002 -
Xavier
Frison
Plusieurs
représentants du gouvernement indépendantiste
tchétchène estiment que les Russes n'ont aucun
projet concret à leur proposer. Proches du président
Aslan Maskhadov, ils ont profité de leur passage
à Paris, invités à l'initiative de
membres du monde culturel français, pour dénoncer
à nouveau les exactions des troupes russes dans leur
pays. Un autre point de vue sur la situation à Grozny.
Dans
le cadre du théâtre national de la Colline,
c'est Akhmed Zakaïev, ministre de la culture, représentant
du Président pour les négociations avec la
Russie et
acteur qui assène les premières
phrases chocs :«A l'image d'Hitler qui voulait
finir le boulot avec les Juifs, Poutine a déclaré
vouloir finir le boulot commencé par Staline, à
savoir l'éradication de la population tchétchène».
Dénonçant l'indifférence polie de la
communauté internationale et la responsabilité
de l'Europe, M. Zakaïev appelle à une ingérence
de Bruxelles dans le problème tchétchène,
considéré comme un sujet de politique intérieure
par Moscou. D'après l'acteur-ministre, les représentants
russes nommés pour mener les négociations
sur le terrain politique n'ont aucun projet concret à
proposer.
Appuyé
par le ministre des Affaires étrangères Ilyas
Akhmadov, M. Zakaïev dénonce l'absence de preuves
dans les attentats de Moscou de 1999, attribués aux
indépendantistes par le Kremlin. Quant à la
«propagande russe» décriée par
M. Akhmadov, elle n'a jamais aussi bien fonctionné
depuis les attentats du 11 septembre. Là encore,
aucune preuve établie de la présence de guerriers
tchétchènes n'a pu être prouvée,
ce qui vaudra ce bon mot à Akhmed Zakaïev :
«bientôt, on découvrira des Tchétchènes
sur Mars comme on en a trouvé en Afghanistan ou au
Kosovo».
Les
ONG refoulées par les autorités russes
Réalité
nettement plus tangible, la terrible situation humanitaire
s'apparente à «une catastrophe»
et «un génocide» pour Oumar Khambiev,
ministre de la santé. Pourvu de 323 hôpitaux
avant la deuxième guerre de Tchétchénie,
le pays doit se contenter aujourd'hui d'une trentaine d'établissements.
Officiellement acceptées par les autorités
russes, les ONG sont en fait refoulées à la
frontière. Difficile dans ces conditions de soigner
les 1300 blessés (auxquels il faut ajouter 216 morts)
comptabilisés depuis décembre 2001, date à
laquelle la Russie annonçait la fin des hostilités
M. Khambiev, témoin direct des «nettoyages»
arbitraires réalisés par l'armée fédérale,
conclut sur les tortures physiques et la «destruction
du fond génétique du peuple tchétchène».
En outre, des armes biologiques et bactériologiques
auraient été utilisées contre au moins
trois villages.
A
la fin d'une réunion qui a dû faire grincer
quelques dents à Moscou, Akhmed Zakaïev demande
«l'arrêt immédiat des combats et la
mise en place d'un groupe de travail bilatéral».
Le représentant de Grozny pour les négociations
avec la Russie estime que les Tchétchènes
sont «prêts à déposer les armes
dès aujourd'hui», arguant du fait que «la
guerre n'a jamais été notre choix».
Sans illusions, les représentants du président
Maskhadov veulent d'abord «mettre au point un vrai
statut pour le pays avec l'aide de la communauté
internationale» avant de penser à l'indépendance,
leur «vux le plus cher».
Xavier
Frison