La
région des Grands Lacs : une épine dans le
pied africain ? Cette région, au cœur de l'Afrique
centrale, traversée par l'ex-Zaïre, l'Ouganda,
le Rwanda et le Burundi, constitue un foyer
instable où naissent la plupart des conflits
ethniques qui ravagent le centre de l'Afrique.
Dernier conflit en date qui dure depuis plus
de six mois : la guerre civile qui oppose
les troupes de Laurent-Désiré Kabila à la
rébellion dans la République démocratique
du Congo , devenue pour l'occasion un vaste
champ de bataille. Ces affrontements sont
partis des provinces orientales du Kivu, considérées
par les spécialistes de l'Afrique comme une
zone à haut risque. Mais les combats qui font
rage dans l'ex-Zaïre traduisent surtout des
luttes d'influence régionale entre les pays
voisins impliqués dans le conflit congolais.
Le
Kivu, une région sensible et à haut risque
Les provinces orientales du Nord et du Sud
Kivu constituent un foyer d'instabilité permanente
depuis l'indépendance de l'ancienne colonie
belge. C'est au Kivu qu'a pris naissance le
conflit actuel. Pourquoi le Kivu fait-il naître
autant d'étincelles ? Les deux provinces Nord
et Sud Kivu constituent une mosaïque d'ethnies
et une région carrefour où se côtoient des
populations autochtones ou originaires des
pays frontaliers (Ouganda, Rwanda, Burundi
et Tanzanie). On trouve sur les terres du
Kivu congolais des rwandophones hutus et tutsis,
des autochtones congolais hutus et tutsis,
des partisans d'armées de libération ougandaise
ou burundaise, et des militaires banyamulenge,
Congolais tutsis de souche rwandaise. Sans
oublier les réfugiés hutus du Rwanda qui se
sont installés après le génocide de 1994.
Ce mélange ethnique fait du Kivu une poudrière
au coeur de la région des Grands Lacs.
Implication
des pays frontaliers
Le
conflit congolais s'est régionalisé pour devenir
le théâtre indirect des luttes d'influence
entre les pays de l'Afrique Centrale. Deux
blocs de pays s'affrontent : l'Ouganda et
le Rwanda aux côtés des rebelles, et l'Angola,
le Zimbabwe, la Namibie et le Tchad aux côtés
de Kabila. Pour le Rwanda et l'Ouganda, il
s'agit de remplacer Kabila par un allié politique
sous tutelle. Car les deux pays ont besoin
du soutien de l'armée congolaise pour contrôler
les opposants du Kivu et la province minière
du Katanga. Pour l'Angola, l'enjeu est de
taille puisqu'il s'agit essentiellement de
faire barrage aux éléments de l'UNITA, principal
parti d'opposition au régime angolais, mais
surtout protéger sa rente pétrolière menacée
par le conflit dans l'ex-Zaïre. Exploité dans
l'enclave de Cabinda et le long de la frontière
avec la RDC de Kabila, le pétrole est la vache
à lait et l'instrument de pouvoir du gouvernement
angolais... Quant au Zimbabwe, le premier
pays à s'impliquer militairement en faveur
de Kabila, sa participation s'explique par
le fait que la RDC est un bon client de son
industrie d'armement... Cette "guerre des
parrains" a renversé les rapports de force,
et a sauvé le régime de Kabila.
L'Afrique du Sud,
médiateur du conflit ou gendarme de l'Afrique
?
Devant
la menace d'une nouvelle guerre africaine
sur le continent, l'Afrique du Sud a tenté
de s'imposer comme un pays incontournable.
Quel est le rôle réel de l'Afrique du Sud
dans ce nouvel embrasement ? Depuis le début
du conflit, l'Afrique du Sud s'est donnée
le rôle de pélerin de la paix : tentatives
de réglement pacifique du conflit, médiation
diplomatique et organisation de sommets des
chefs d'état... Mais, derrière ce visage de
pacificateur, l'Afrique du Sud veut affirmer
son leadership régional et devenir le gendarme
du continent. Cependant, malgré les sommets
diplomatiques, et la volonté affichée des
belligérants de trouver une solution, les
combats continuent toujours dans les provinces
de l'ex-Zaïre. Les rebelles se sont retranchés
dans l'Est du pays, perdant des villes au
profit des troupes de Kabila et des forces
angolaises. Après plus de six mois de combats,
jusqu'où ira et combien de temps durera ce
conflit ?
Julien
Nessi