Depuis
la signature des accords de Dayton il y a
presque trois ans, les pays occidentaux financent
des programmes de reconstruction de la Bosnie,
pays aujourd'hui coupé en deux territoires,
la Bosnie-Herzégovine et la République serbe.
Un montant de 5,1 milliards de dollars (selon
Le Monde daté du 18 août 1999) a déjà été
dispatché vers le pays. Pourtant, le pays
comme les organismes donateurs se heurtent
à une corruption endémique qui empoisonne
les bénéficiaires prévus.
Sur
ces 5,1 milliards de dollars, seul un tiers
aurait réellement été utilisé. Cet argent,
qui est distribué selon des critères d'exigence,
de transparence et de contrôle de la
population déplacée et des actions des institutions
communes, est octroyé sous forme de prêts
à des entreprises ou en tant que dons. Il
a engrangé deux sortes de corruption.
Prêts
et dons envolés
Première
forme de corruption constatée : l'argent
prêté aux entreprises n'a pas été remboursé
dans la plupart des cas. A tel point que
les agences de crédit, notamment l'Usaid,
l'Agence américaine pour le développement
international, plus grand prêteur de Bosnie
- et employeur d'importance avec 20.000 salariés
- ont récemment dû activer des procédures
judiciaires contre 19 entreprises bosniaques
portant sur un montant total de 17 millions
de deutschemarks. En lançant ces procédures
judiciaires, l'Usaid a bien précisé que les
prêts aujourd'hui non remboursés devaient
à l'origine être recyclés puis réinjectés
à l'intérieur de la Bosnie.Ce sont donc les
citoyens de Bosnie eux-mêmes qui pâtissent
le plus de ces pratiques douteuses.
La deuxième forme de corruption porte
sur les dons occidentaux pour la reconstruction.
Ces sommes se sont aujourd'hui volatilisées.
Un milliard de dollars, selon l'unité antifraude
(créee en 1997 sous l'égide du Bureau
du Haut Représentant des Nations-Unies en
Bosnie), aurait ainsi disparu depuis la fin
de la guerre en Bosnie. Ces sommes sont soit
détournées vers les poches de particuliers,
soit destinées à financer des structures politiques
alternatives illégales. La mafia et les trafics
en tout genre ont en effet une place considérable
en Bosnie. Il ne faut pas oublier que le territoire
sort de près d'un demi-siècle de communisme
(avec ses fameuses pratiques frauduleuses)
et de quatre années de guerre où le marché
noir et la débrouille font toujours rage.
En
tous cas, la situation est assez inquiétante
pour avoir récemment été rapportée dans plusieurs
journaux occidentaux, notamment le New
York Times du mardi 17 août 1999. La Russie
se trouve aujourd'hui elle aussi mouillée
dans une histoire de détournements de fonds
qui est emblématique de l'état des économies
des pays de l'est de l'Europe.
Mafia
et corruption
La Bosnie a réellement besoin de faire repartir
son économie, surtout après cette dernière
guerre au Kosovo puisque ses relations commerciales
étaient - jusqu'à présent - très développées
avec la République fédérale de Yougoslavie
(RFY). Les donateurs occidentaux se sont réunis
au mois de mai dernier à Sarajevo et ont décidé
de donner 1 milliard 52 millions de dollars
à la Bosnie. Mais la Bosnie devra, c'est sûr,
faire ses preuves pour endiguer ce problème
de corruption. Selon certains, le problème
vient du fait que les accords signés à Dayton
n'ont fait qu'ajouter de nouvelles institutions
sur des pratiques existantes, alors qu'il
aurait fallu, avant tout, réformer les pratiques
elles-mêmes. Cette tâche incombera aux citoyens
bosniaques et à leurs élus politiques autant
qu'aux Occidentaux impliqués et omniprésents
en Bosnie.