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L'irrésistible
ascension du Tribunal pénal international
pour l'ex-yousgolavie
Juillet
1999 - Julien Nessi
Instauré
en février 1993 pour juger les responsables
de violations graves du droit international
humanitaire sur le territoire de l'ancienne
république fédérative yougoslave, le Tribunal
pénal international pour l'ex-Yougoslavie
(TPIY) n'a cessé de renforcer sa légitimité
sur la scène internationale.
Sous l'impulsion énergique de Louise Arbour,
procureur général chargé d'instruire les
dossiers, cette juridiction onusienne dessine
progressivement les contours d'une justice
interna-tionale dans l'ex-Yougoslavie.
La
naissance d'un tribunal pas comme les autres
Consciente
qu'une paix durable ne pourra pas échapper
au devoir de justice dans les Balkans, la
communauté internationale, par la voix des
Nations unies, a donné naissance en février
1993 à une juridiction pénale pas comme
les autres : le Tribunal pénal international
pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Par la Résolution
808 du 22 février 1993, le Conseil de Sécurité
de l'ONU a décidé "la création d'un
Tribunal international pour juger les personnes
présumées responsables de violations graves
du droit international humanitaire commises
sur le territoire de l'ex-Yougoslavie depuis
1991". Cette décision, qualifiée
d'historique à l'époque, est intervenue
dans le cadre du Chapitre 7 de la Charte
des Nations unies relative au maintien et
au renforcement de la paix. Pour la première
fois donc, depuis les procès de Nuremberg
et de Tokyo au lendemain de la Seconde Guerre
mondiale, la communauté internationale a
mis en place une juridiction pénale capable
de poursuivre et de juger les responsables
de crimes et d'exactions commis sur le territoire
de l'ex-Yougoslavie en battant en brèche
les sacro-saints principes de souveraineté
nationale et de raison d'Etat qui prévalent
depuis longtemps sur la scène internationale.
A défaut d'avoir pu éviter les massacres
perpétrés dans les premières guerres de
l'ex-Yougoslavie, l'ONU a ainsi donné naissance
à une juridiction extraterritoriale dotée
de pouvoirs propres et d'un budget spécifique.
Un
tribunal aux compétences étendues
Les
prérogatives du Tribunal pénal international
pour l'ex-Yougoslavie sont définies par
la résolution 827 adoptée le 22 mai
1993 par le Conseil de sécurité portant
sur les statuts du Tribunal. Composé aujourd'hui
de 14 juges indépendants, le Tribunal s'est
vu attribuer de larges compétences concernant
les violations des droits de l'homme les
plus graves. Les crimes de génocide,
les crimes de guerre et les crimes contre
l'humanité commis sur le territoire de l'ex-Yougoslavie
sont de la compétence du Tribunal de La
Haye. A ces domaines de compétence qui
font du Tribunal une juridiction d'exception,
les membres du Conseil de sécurité lui ont
donné une primauté sur les juridictions
nationales afin qu'il puisse juger et poursuivre
les criminels de guerre au-delà des frontières
nationales. Depuis son instauration, et
après un sentiment d'impuissance sur l'application
de ses actes d'accusation, le Tribunal a
rendu huit verdicts, dont un acquittement.
A ce jour, ce Tribunal d'exception a jugé
près de 61 personnes, mais parmi elles,
30 condamnés courent toujours, cachés ou
bénéficiant de protections sur le territoire
de la République serbe. Mais, la décision
la plus emblématique du Tribunal, dévoilée
récemment à la presse et à l'opinion internationale,
a été l'acte d'accusation, en pleine
guerre du Kosovo, porté contre Slobodan
Milosevic, ainsi que quatre autres dirigeants
politiques importants, proches du président.
Accusé de crimes de guerre et de crimes
contre l'humanité, le chef de Belgrade est
le premier président en exercice d'un Etat
souverain à être mis en cause par un Tribunal
extraterritorial. Cette accusation,
basée sur des témoignages de réfugiés Kosovars
et de documents transmis par les pays de
l'OTAN, illustre la montée en puissance
du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie,
capable de s'attaquer à des chefs d'Etat
en exercice.
Le Tribunal de La Haye ne jugera pas que
les seconds couteaux, et, sous l'impulsion
de Louise Arbour, il affiche sa volonté
de juger les plus hauts responsables de
crimes et d'assassinats. Aujourd'hui déjà,
les enquêteurs du TPIY, une cinquantaine
d'experts en médecine légale, quadrillent
le territoire du Kosovo à la recherche de
preuves infaillibles et de traces de génocide
pour de futurs actes d'accusation à l'encontre
des "seigneurs de la guerre".
Cependant, si le Tribunal pénal international
pour l'ex-Yougoslavie parvient à rassembler
des preuves et annoncer des actes d'accusation,
il doit s'en remettre à la bonne volonté
des Etats pour faire exécuter ses mandats
d'arrêt car il ne dispose pas de pouvoir
de police propre.
Vers
un Tribunal permanent ?
La
justice internationale prend ses marques
grâce à la montée en puissance du Tribunal
pénal international pour l'ex-Yougoslavie.
Se constitue petit à petit une jurisprudence
en droit humanitaire international au
fur et à mesure des verdicts prononcés par
le Tribunal de La Haye. Même si de nombreux
actes d'accusation restent encore lettre
morte, les premières arrestations de criminels
de guerre font monter la pression sur les
personnes inculpées, et incitent les Etats
à collaborer avec les juges du TPIY pour
appliquer les mandats d'arrêt internationaux.
Pouvant agir en toute indépendance, Louise
Arbour, l'actuel procureur général du TPIY,
a voulu privilégier l'accusation des plus
hauts responsables dans les guerres de l'ex-Yougoslavie.
En parvenant à inculper le président serbe
en exercice, Slobodan Milosevic, et quatre
de ses proches collaborateurs, elle a permis
au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie
de retrouver sa crédibilité et sa légitimité
aux yeux de l'opinion internationale. Fort
de ce premier succès, la procureur général
de La Haye encourage l'instauration d'une
Cour Criminelle Internationale. Ce
projet de Tribunal permanent est une tentative
pour instaurer au niveau international une
institution judiciaire extraterritoriale
sur le modèle du TPIY à la seule différence
qu'elle serait permanente et compétente
dans tous les pays. Déjà en juin 1998, à
Rôme, les Etats se sont mis d'accord
sur la création de cette Cour Criminelle
Internationale. Reste à faire évoluer ce
projet dont l'objectif est de dissuader
toutes nouvelles tentatives de dégradation
des droits de l'homme. Un espoir dont Louise
Arbour résume bien les enjeux : "
L'institution d'un tribunal permanent chargé
de juger les crimes les plus graves marquera
le début d'une nouvelle ère : celle du triomphe
des droits de la personne. Or, ce sont des
droits qui transcendent la souveraineté
nationale et rejoignent le concept d'une
société solidaire universelle ".
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