Des
rapports aux thèmes préoccupants
Janvier
2000 - Julien Nessi
- Les
compagnies pétrolières dans le collimateur
d'une mission d'information parlementaire
"
Comment les grands groupes pétroliers influencent-ils les
relations internationales ? Sont-ils plus sensibles aux droits
de l'homme dans les pays où ils opèrent ? ". Ces
préoccupations ont été au centre d'un rapport d'information
sur " le rôle des compagnies pétrolières dans la politique
internationale et son impact social et environnemental ".
Déposé par la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée
nationale française, ce rapport d'information n'épargne pas
les grands groupes pétroliers. Les auteurs, Marie-Hélène Aubert
(Verts), Pierre Brana (PS) et Roland Blum (DL), dénoncent
l'opacité qui entoure le comportement des compagnies pétrolières
dans les pays en voie de développement, et n'hésitent pas
à donner des exemples pour appuyer leurs points de vue.
En
guise d'introduction, les auteurs rappellent, à juste
titre : " le pétrole, matière première hautement
stratégique, jaillit en abondance le plus souvent dans
des zones instables politiquement et économiquement
". Une situation qui explique parfois le rôle trouble
de certaines compagnies pétrolières. Les rapporteurs
signalent également que les conséquences de la mondialisation
sur le secteur des hydrocarbures peuvent renforcer des
groupes pétroliers déjà en situation de force dans les
pays d'extraction. EXXON, premier producteur mondial,
fusionnant avec MOBIL ; BP-AMOCO se rapprochant d'ARCO
; TOTAL-FINA épousant ELF-AQUITAINE… Ces
fusions entre firmes pétrolières, passées ou à venir,
peuvent-elles renforcer les comportements opaques de
ces acteurs ?
Des
normes éthiques peu efficaces
A
la question de savoir si les compagnies pétrolières
respectent des normes éthiques, les rapporteurs donnent
une réponse sans illusion. Même si certaines ont adopté
des codes de bonnes conduites en matière de droits de
l'homme, de lutte contre la corruption ou de conventions
antipollution, ces règles sont loin d'être suffisantes.
Au contraire, pour la mission d'information, ces codes
de bonnes conduites sont souvent des " déclarations
de principe ", voire " un rideau de fumée "
dont l'objectif est d'améliorer l'image des entreprises
et satisfaire l'opinion publique internationale.
ONG
contre compagnies pétrolières
Le
rapport met aussi en évidence
la montée en puissance des
ONG face aux abus et aux dérapages des compagnies pétrolières.
Désormais, selon les auteurs, " les multinationales
doivent compter avec les exigences des ONG en matière
de défense des droits de l'homme et de l'environnement
". Ces acteurs de la société civile internationale
se sont imposés en gardiens de l'éthique, capables d'affaiblir
les compagnies par le boycott ou par des actions en
justice." Les ONG sont devenues des acteurs à part
entière sur la scène internationale et savent parfaitement
utiliser tous les relais d'opinion ". Pour illustrer
ce phénomène, plusieurs affaires récentes sont passées
au crible : l'affaire de la plate-forme " Brent Spar
" opposant Greenpeace à SHELL ; les déboires de SHELL
au Nigéria face aux accusations de " Human Rights Watch
" concernant la zone sensible du Delta du Niger ; l'appel
au boycott - lancée par la Confédération internationale
des syndicats libres- de TOTALFINA en Belgique… Les
auteurs du rapport estiment que " c'est en Europe
du Nord que la pression des ONG sur les compagnies pétrolières
s'est révélée la plus efficace. Elles ont su utiliser
non pas l'Etat mais les médias et l'opinion publique
en maniant l'arme dissuasive du boycott ". Le pouvoir
de nuisance des ONG contribue à changer la donne pour
les compagnies pétrolières.
Et
qu'en est-il de la France et de ses compagnies pétrolières
?
Le pays des droits de l'homme et de l'exception culturelle
n'est pas épargné par le rapport. Trois études de cas
ont été particulièrement étudiées par la mission d'information,
illustrant le rôle trouble des firmes françaises en
Birmanie et en Afrique. La première controverse porte
sur la construction du gazoduc de Yadana dans le Sud
de la Birmanie par TOTALFINA. La firme est accusée de
complicité avec la junte militaire birmane en fermant
les yeux sur le travail forcé et le déplacement de population
pour favoriser la réalisation de son gazoduc. Deuxième
controverse : l'entrée d'ELF AQUITAINE dans le consortium
crée pour la construction du projet d'oléoduc Tchad-Cameroun.
Et, enfin, dernier soupçon : l'ombre d'ELF AQUITAINE
sur la tragédie congolaise. Sur ces trois affaires,
la mission d'information a tenté de mener l'enquête
auprès des principaux acteurs afin d'éclaircir le comportement
des compagnies pétrolières françaises.
Pétrole
et développement : un mariage impossible ?
Dernier
point traité par le rapport : quel rôle joue le pétrole
dans le développement ? Est-ce que les firmes étrangères
participent au développement des pays dans lesquels
elles investissent ? A cette question sensible, les
auteurs du rapport constatent l'échec de l'exploitation
pétrolière sur le développement, notamment en Afrique.
Ils parlent même de " désastre de grande ampleur
". La rente pétrolière est loin d'être un facteur
de développement et elle est " fréquemment synonyme,
comme l'indique le rapport, de guerre, d'instabilité
et de corruption ".
Le
rapport d'information est disponible en intégralité
sur le site de l'Assemblée nationale : http://www.assemblee-nationale.fr
- Les
mauvais comptes de l'Union européenne
L'année
1999 porte décidément malheur aux institutions européennes.
Après la démission forcée de la Commission européenne et le
renouvellement de son équipe, la Cour des comptes européenne
dénonce, dans son rapport annuel relatif à l'exercice 1998,
la mauvaise gestion des finances européennes. Avec
ses 545 contrôleurs financiers chargés de veiller aux deniers
publics, l'institution de Luxembourg estime que " de nombreuses
insuffisances graves ont été notées au niveau de la gestion
et du contrôle des fonds communautaires par les Etats membres,
comme le montre le rapport annuel ". En examinant les
comptes des recettes et des dépenses européennes, la Cour
des comptes a mis en évidence le laisser-aller de l'administration
de l'Union européenne. Selon les contrôleurs, " un
tiers des dépenses font apparaître de graves irrégularités
" et " la fréquence des erreurs a dépassé le seuil du tolérable
". Autre point d'achoppement : les pays membres ne
respecteraient pas le contrôle nécessaire sur la répartition
des fameux fonds structurels. Destinés à soutenir les
régions en difficulté dans les quinze pays membres, ces fonds
constituent le deuxième poste budgétaire de l'Union européenne,
évalués à 28 milliards d'euros après l'agriculture. La
Cour insiste également sur les multiples erreurs commises
par les gouvernements des Etats membres en matière de subventions
agricoles. Elle évalue ainsi à 1,7 milliards d'euros -
sur un total de subventions estimé à 38 milliards d'euros
- les pertes générées par la fraude dans le domaine de l'agriculture.
Constatant toutes ces irrégularités, la Cour recommande à
la Commission " d'accélérer et d'approfondir le processus
de réforme de la gestion financière ". Elle va même plus
loin en évoquant la nécessité " d'adopter une nouvelle
culture et de nouvelles pratiques " pour réformer les
finances publiques européennes. Espérons que la " conscience
financière " de l'Union européenne sera écoutée, malgré le
caractère non contraignant de ses observations.
Le rapport
annuel de l'exercice 1998 de la Cour des comptes européennes
est disponible à l'adresse suivante : http://www.eca.eu.int
- Les
ennemis de l'Internet : la liste noire de Reporters sans
frontières
L'association
Reporters sans frontières a dressé, à la fin de l'année 1999,
une liste noire des pays les plus hostiles à Internet. Sur
quarante-cinq pays dénoncés par l'organisation, "vingt
peuvent être qualifiés de véritables ennemis de ce nouveau
média". Interdisant totalement ou partiellement aux citoyens
l'accès au réseau des réseaux, les pays mis à l'index n'hésitent
pas à censurer les sites, ou à s'attaquer directement aux
internautes. Les techniques de censure auxquelles ont recours
les autorités sont toujours les mêmes : interdiction totale
de l'accès à Internet, contrôle des rares fournisseurs d'accès,
utilisation de filtres pour bloquer l'accès à des sites Web
jugés "indésirables", enregistrement des utilisateurs auprès
de l'administration, autorisation préalable à toute utilisation
d'Internet. Dans certains pays, Internet est volontairement
inaccessible pour des raisons idéologiques ou politiques (Libye,
Corée du Nord, Irak…).
|
La
liste noire des 20 pays "ennemis d'Internet"
|
Afrique
Libye, Sierra Leone, Soudan, Tunisie |
|
Asie
du Sud-Est
:
Birmanie,Viêt-nam
|
Extrême-Orient
:
Chine, Corée du Nord |
Moyen-Orient
:
Irak,
Iran, Syrie, Arabie Saoudite |
Europe
orientale :
Biélorussie |
Antilles
:
Cuba |
|
Asie
centrale et Caucase :
Tadjikistan, Turkménistan, Ouzbékistan, Azerbaïdjan,
Kazakhstan, Kirghizistan
|
Le
rapport de Reporters sans frontières est disponible
sur son site internet : http://www.rsf.fr
- Le
règne sans partage des multinationales de la mondialisation
Qui sont
les nouveaux maîtres du monde ? A en croire le rapport de
la Conférence des nations unies pour le commerce et le développement
(Cnuced), consacré aux investissements internationaux durant
l'année 1998, une centaine d'entreprises conquérantes,
au pouvoir économique colossal, se partage les richesses
de la planète. Ce rapport, au ton alarmiste, montre l'immense
puissance financière des grands groupes de la mondialisation,
souvent reconnaissables à leurs marques et emblèmes, devenus
planétaires (Ford, General Electric, Shell, Microsoft…). Selon
les analystes du rapport, ces géants de la mondialisation
sont les " moteurs du système de production mondial intégré
". Ils détiennent ensemble pas moins de 1800 milliards
de dollars d'actifs à l'étranger, emploient plus de 6
millions de personnes dans le monde et réalisent un
chiffre d'affaires de 2100 milliards de dollars. Au-delà
de ces " méga-groupes ", aux dimensions titanesques, la Cnuced
a identifié 60 000 sociétés transnationales, s'appuyant
sur plus de 500 000 filiales basées à l'étranger (ex.
: Seagram dans les boissons, Nestlé et Unilever dans l'agroalimentaire,
Solvay dans la chimie, Philips dans l'électronique…). Les
rapporteurs s'inquiètent également des mouvements de concentration
planétaire, qui prennent la forme de fusions et acquisitions
transfrontalières. Cette concentration économique mondiale
représente-elle une menace pour la société civile ? A en croire
ce rapport inquiétant, les doutes sont moins fondés. Dans
tous les cas, les rapporteurs de la Cnuced notent que cette
concentration pourrait donner naissance à d'imposants oligopoles,
et marginaliser financièrement certaines régions du monde
comme l'Afrique.
En guise
de conclusion, la Cnuced fait comprendre que de telles entreprises,
aussi tentaculaires, se doivent d'avoir une responsabilité
sociale à l'échelle planétaire : " quelle sera la citoyenneté
d'entreprise dans un monde globalisé ? ".
L'aperçu
général du rapport 1998 sur les investissements
dans le monde est disponible en anglais sur le site de la
Cnuced : http://www.unctad.org
- Un
état de la corruption dans le monde : la France,
lanterne rouge de l'Europe
Pour
la cinquième année consécutive, Transparency International,
une organisation non gouvernementale de lutte contre la corruption,
a publié une enquête sur l'état de la corruption dans le monde.
Réalisée à partir de témoignages, d'études et d'entretiens
confiés à plus de dix instituts de sondage différents, ce
palmarès de la corruption mondiale fournit des indices de
perception des pays les plus corrompus et les plus corrupteurs.
Le
palmarès des corrupteurs…
A partir
de son nouvel Indice de corruption des pays exportateurs (ICPE),
Transparency International établit une liste des 19 principaux
pays exportateurs en fonction du "degré selon lequel leurs
sociétés sont perçues comme versant des pots-de-vin à l'étranger".
Ce classement évalue, sur une échelle des perceptions allant
de 0 (les plus corrupteurs) à 10 (absence presque totale de
corruption), la pratique des versements occultes des principales
entreprises exportatrices des pays industrialisés pour obtenir
des contrats dans les pays émergents. Sur la liste des pays
retenus par Transparency International, la France figure
à la treizième place, derrière tous ses partenaires européens
à l'exception de l'Italie. Avec un indice de 5,2, on peut
dire que le pays de l'exception culturelle ne sort pas indemne
de ce classement. D'autant que, contrairement à la plupart
des autres grands pays industrialisés, la France s'apprête
enfin a ratifié la convention internationale de l'OCDE
"contre la corruption d'agents publics étrangers dans les
transactions commerciales internationales". Entrée en
vigueur en février 1999, cette convention anti-corruption
prévoit des sanctions pénales et des amendes lourdes à l'encontre
des pays pris en défaut.
…et
le classement des corrompus
Dans son
deuxième classement, basé sur l'Indice des perceptions de
la corruption (IPC), Transparency International fournit une
photographie intéressante des pays perçus comme étant les
plus corrompus. Cet indice classe les pays en fonction du
degré de perception des niveaux de corruption dans le secteur
public et parmi les hommes politiques. Mené auprès "des
hommes d'affaires, du public et des analystes de risque",
ce classement résulte d'une série de 17 enquêtes réalisées
par une dizaine d'organismes de sondage différents. Sur les
99 pays présents dans le classement, la France se situe
à la 22ème place (indice de 6,6). Une fois encore, quand
on compare sa position par rapport à celle de ses partenaires
européens, la France figure aux côtés de la Belgique et de
l'Italie dans le peloton des mauvais élèves.
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Transparency
International
|
| Fondée
en 1993, Transparency International est une organisation
à but non lucratif et sans appartenance politique qui,
par le biais d'un réseau croissant de sections nationales
(on en compte aujourd'hui 77 à travers le monde), œuvre
pour mobiliser la société civile, le secteur des affaires,
le secteur universitaire et les gouvernements afin de
combattre la corruption tant au niveau national qu'international.
Le secrétariat international de cette ONG est basé à Berlin
en Allemagne. |
Son dernier
rapport sur la corruption dans le monde est disponible sur
son site Internet : http://www.transparency.de/index.fr.html
Dossier
réalisé par Julien Nessi
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