Une
alliance à rude épreuve
Les
Américains reprochent à la monarchie pétrolière
de ne pas s'impliquer complètement dans la lutte
contre le terrorisme. D'autant plus que la plupart
des pirates de l'air responsables des attaques
de New York et de Washington sont d'origine
saoudienne. Quant au suspect numéro un, Oussama
Ben Laden, traqué par les forces spéciales américaines
jusque dans les grottes afghanes, les experts
estiment qu'il dispose encore d'importants soutiens
dans le royaume wahhabite. Par ailleurs, les
enquêteurs du FBI et de la CIA sont conscients
de l'existence de connexions financières entre
les milieux pétroliers saoudiens et la nébuleuse
du terrorisme international. Une enquête publiée
récemment en France par deux spécialistes du
renseignement, intitulée " Ben Laden : la vérité
interdite ", confirme d'ailleurs le rôle joué
par l'Arabie Saoudite dans le financement de
l'islamisme radical. Les deux auteurs citent
dans leur ouvrage John O'Neill, l'ancien coordinateur
de la lutte antiterroriste aux Etats-Unis, qui
leur a confié avant les attentats du 11 septembre
: «Toutes les réponses, toutes les
clés permettant de démanteler l'organisation
d'Oussama Ben Laden se trouvent en Arabie Saoudite».
Washington
exige une collaboration sans faille
Face
à ces réalités obscures, Washington souhaiterait
avoir un engagement total de Riyad dans sa lutte
contre les réseaux terroristes. Cependant, la
monarchie saoudienne semble faire le minimum
pour satisfaire les autorités américaines. Certes,
le prince héritier Abdallah a condamné les attentats
terroristes et a rompu tout lien avec les talibans,
anciens alliés du royaume wahhabite en Asie
centrale. Mais, il a également affiché ses réticences
à voir son territoire servir de rampe de lancement
aux frappes aériennes américaines en Afghanistan.
La
question palestinienne en toile de fond
Les
dirigeants saoudiens ont rappelé à maintes reprises
à leur allié américain la nécessité de traiter
la question palestinienne et de régler le cas
irakien. Aux yeux de la puissance pétrolière,
ces deux dossiers conditionnent l'éradication
du terrorisme islamique. Sur le problème palestinien,
l'administration américaine a fait néanmoins
un premier pas. Peu de temps après les premières
frappes en Afghanistan, et pour la première
fois, le président américain s'est prononcé
en faveur de la création d'un Etat palestinien.
Cette déclaration du numéro un américain peut
être interprétée comme un signe fort en direction
de ses alliés arabes.
Riyad
solidaire des pays arabes
L'Arabie
Saoudite doit ménager les régimes arabes dans
un climat de regain de tensions et de sentiments
anti-américains. Gardien des Lieux saints de
l'Islam, la Mecque et Médine, et foyer historique
du wahhabisme, le royaume saoudien affiche sa
solidarité avec le monde arabe. Une dimension
religieuse que les dirigeants saoudiens doivent
prendre en compte dans leur relation avec les
Etats-Unis.
Ecartelé
entre sa relation stratégique avec Washington
et sa solidarité affichée avec les capitales
arabes, Riyad se trouve ainsi dans une position
ambivalente. Une position d'autant plus difficile
à gérer que le royaume est affaibli par des
tensions internes. Depuis la fin des années
90, le pays est en proie à des difficultés économiques
croissantes (hausse du chômage, niveau de vie
en baisse, diminution des cours du brut). Une
guerre de succession larvée oppose également
le prince héritier Abdallah au prince Soltan,
l'actuel ministre de la Défense. Des facteurs
de tensions qui viennent s'ajouter à la crise
internationale aiguë face à laquelle l'Arabie
Saoudite est confrontée…
Julien
NESSI