Russie,
1er janvier 2000. Vladimir Poutine a chaussé
ses skis et glisse sur les pistes de Goudermes,
dans les " territoires libérés " de Tchétchénie.
Non loin de là, pourtant, les bombardements
sont intensifs et les " pertes ", civiles
comme militaires, se comptent par milliers.
Nommé Premier ministre le 9 août 1999, Vladimir
Poutine est devenu le nouvel homme fort
de la Fédération de Russie. Cet homme discret,
ancien chef des services secrets russes
(FSB), a conquis les faveurs de sa population.
La
guerre qu'il mène d'une main de fer en Tchétchénie
(le fameux " j'irai buter les terroristes
jusque dans les chiottes ") va ainsi
permettre à
" la famille " Eltsine de se maintenir au
pouvoir en Russie. Et ce grâce à un gigantesque
système de propagande qui aveugle une population
russe déjà encombrée par ses problèmes de
survie quotidienne : seuls quelques journalistes
enquêtant du côté russe sont accrédités
sur le terrain. Ils reçoivent des médailles
si leur couverture de la guerre en Tchétchénie
est assez " patriotique "...
Les
bribes d'information recueillies par de
rares journalistes occidentaux peinant à
faire leur travail, ainsi que les rapports
basés sur les témoignages concordants de
milliers de Tchétchènes se trouvant dans
des " camps de filtration " en Ingouchie
permettent toutefois aux Occidentaux de
connaître l'ampleur de l'horreur en Tchétchénie
et de la manipulation russe. Récemment,
un article du journal anglais The Observer
apportait des preuves que les deux attaques
à la bombe
" terroristes ", qui tuèrent plus de 200
Russes lors de l'explosion de grands immeubles
d'habitation de la banlieue moscovite l'an
passé étaient un coup monté des services
secrets russes. Des habitants de Ryazan,
à 100 km au sud de Moscou, interceptèrent
en effet plusieurs hommes alors qu'ils posaient
une troisième bombe à retardement dans la
cave de leur immeuble - ces hommes parlaient
russe et le FSB indiqua plus tard qu'ils
effectuaient un " exercice ", de propagande
antitchétchène peut-être ?
Cependant,
The Observer a beau crier " Attention
Tony, cet homme a du sang sur les mains
" lorsque Blair se rend à Moscou à la
mi-mars, Libération a beau publier
des reportages photographiques choquants
sur l'horreur en Tchétchénie, Poutine n'en
est pas plus empêché d'agir à sa guise.
Pis, cette guerre est véritablement financée
par les citoyens occidentaux, puisqu'en
plein bombardements sur Grosny, au mois
de décembre dernier, le Fond monétaire international
(FMI) réitérait son aide financière à la
Russie. Quand M. et Mme Blair vont à l'opéra
de Moscou avec M. et Mme Poutine, Hubert
Védrine, ministre français des Affaires
étrangères, félicite son ami Vladimir pour
son " patriotisme " - sur fond de massacres
en Tchétchénie, Poutine peut donc skier
en paix...
Les
incohérences de la politique internationale
ne sont plus à prouver. Pourquoi Poutine
effraie-t-il si Milosevic ne fait pas peur
? Comment justifier une intervention au
Kosovo - qui intégrait le territoire reconnu
de la Yougoslavie, comme la Tchétchénie
fait partie de la Russie - et ensuite expliquer
que le drame tchétchène est une affaire
intérieure à la Russie ? Bien sûr, la puissance
militaire des Russes est beaucoup plus grande
que celle des Serbes, qui résistèrent déjà
longtemps aux attaques de l'Alliance atlantique
en 1999. Mais aujourd'hui, si l'arsenal
militaire des Occidentaux pourrait contrecarrer
celui des Russes, ce ne serait pas, comme
au Kosovo, avec un total de " zéro mort
" occidental. Les exigences électorales
de chacun, aux Etats unis comme en Europe,
ne le supporteraient pas.
Emmmanuelle
Rivière