Le
regain de vigueur de la dimension sociale
de l'économie
Les
thèses développées cette année ont tenu
compte des valeurs fondatrices du Forum,
définies par son fondateur, Klaus Schwab
: l'esprit d'entreprise est à la base
de tout progrès économique, et, par voie
de conséquence, social . Elles ont,
pour la première fois, mis à l'ordre du
jour la responsabilité sociale des "global
leaders". Le vice-premier ministre du
Québec, Bernard Landry n'a-t-il pas lui-même
remarqué : " Les grands patrons que j'ai
rencontrés m'ont donné l'impression d'avoir
compris qu'après Seattle, il fallait changer
d'attitude à l'égard de la mondialisation,
et qu'on ne pouvait plus se contenter d'être
obsédé par son compte d'exploitation ".
Sans compter la présence du syndicaliste
José Bové qui a permis de rappeler aux participants
du Forum mondial la leçon reçue à Seattle.
Il semble en effet que ce soit dégagée une
conclusion largement partagée sur le fait
que l'on ne pouvait plus se satisfaire d'une
globalisation vue à travers le seul prisme
de sa dimension économique : la globalisation
ne doit pas être stoppée, car ses effets
économiques positifs restent précieux aux
yeux de ses acteurs principaux, mais il
faut la considérer sous d'autres approches.
Il n'est qu'à remarquer la présence de Frère
Samuel, aumônier du collège Stanislas à
Paris, invité au titre des " cent jeunes
" prometteurs, pour mettre en évidence le
souhait des organisateurs du Forum de prendre
en considération les conséquences sociales
de la mondialisation. Outre le fait que
Frère Samuel appartient à la Communauté
religieuse Saint-Jean, il est également
expert à l'Association pour le progrès du
management, et intervient également au Centre
des jeunes dirigeants d'entreprise. Sa participation
au Forum de Davos cette année est symptomatique
de la prise en compte de valeurs telles
que l'éthique dans l'entreprise et le management
des ressources humaines.
La
Net économie au centre des débats
La
nouvelle économie ne pouvait pas ne pas
tenir aussi la vedette de ce sommet. Nombreuses
ont été les interventions démontrant que,
grâce à elle, les taux de croissance se
trouvaient " boostés ", comme c'est le cas
aux Etats-Unis depuis presque une décennie,
ainsi qu'en Europe, dans une moindre mesure
et depuis beaucoup plus récemment. Internet,
nouvel eldorado et miracle économique, a
séduit les participants de Davos, captivés
et fascinés par les " success stories
" de la nouvelle économie. C'était le sens
de l'intervention de Tony Blair, qui a évoqué
aussi bien le commerce inter-entreprises,
que l' e-commerce avec les particuliers.
Cependant, le sommet de Davos aura aussi
été l'occasion d'évoquer la face cachée
d'une économie fondée sur les valeurs Internet.
Le nouveau paysage économique s'avère en
effet contrasté. D'une part, les rapprochements
considérables entre groupes situés sur des
secteurs " convergents ", comme l'audiovisuel,
la fourniture d'accès à Internet ou encore
les télécommunications sont à la mesure
des enjeux des marchés émergents comme la
télévision interactive sur le net, ou encore
l'internet sur le téléphone portable avec
toutes les possibilités de e-commerce associées.
D'autre part, les études récentes de l'UNESCO
montrent que l'accès à Internet reste l'apanage
des pays les plus favorisés, tandis que
les pays en voie de développement sont encore
loin de pouvoir proposer un accès de masse
à la Toile. Alors que dans nos pays les
taux de connexion à Internet peuvent varier
de 10 à 50%, le risque est grand que dans
les PVD, le taux d'accès n'atteigne pas
1% pendant encore de nombreuses années.
La Net économie ne pourra alors qu'accroître
les inégalités entre ces deux groupes de
pays, et cette analyse controversée a été
présentée également pendant le sommet. Les
effets de la mondialisation de l'économie,
et encore plus de la nouvelle économie sont
négatifs pour le partage des richesses et
du savoir, et les " global leaders " devraient
se préoccuper davantage de cet aspect. D'autant
plus qu'il est évident que les monstrueuses
fusions auxquelles nous assistons (ex :
absorption de Time Warner par AOL, rapprochement
des sociétés du groupe Murdoch avec l'allemand
Kirsch...) risqueront de diminuer le pluralisme
auprès de l'internaute occidental , mais
plus encore de marquer l'inégalité Nord-Sud.
Des
questions restées sans réponse
Cependant,
malgré ces prises de conscience des participants
(qui ont chacun payé la modique somme de
120 000 FF pour participer aux cinq jours
de ce sommet), il semblerait que les vrais
sujets n'ont pas été traités. En effet,
les préoccupations majeures du XXIème siècle
qu'ils ont exprimé au cours de la cérémonie
d'ouverture concernent, par ordre d'importance,
le changement climatique, la fin de l'éthique
traditionnelle, et l'inefficacité du système
international. Ils se voient jouer un rôle
également dans l'amélioration de la stabilité
financière, tandis qu'ils voient dans le
rôle des Etats le règlement des points ci-dessus,
mais également l'amélioration de la démocratie.
Les effets négatifs de la mondialisation
n'ont été cités qu'en sixième place de leurs
préoccupations, bien que Bill Clinton ait
affirmé, lors de son arrivée, qu'il n'était
" pas d'accord avec ceux qui méprisent
les nouvelles forces cherchant à se faire
entendre dans le dialogue global " (José
Bové l'avait-il entendu lorsqu'au même moment
les vitrines du MacDo de Davos éclataient
?).
Dans le même registre, le fait que George
Soros n'ait pas fait recette lorsqu'au cours
de son intervention, il a prôné une politique
d'aide en faveur des Balkans et d'autres
régions en difficulté. Alors qu'un seul
mot de sa part suffisait, il y a quelques
années, à faire chavirer une monnaie, ou
à créer des variations erratiques du cours
de la bourse. Quant à Bill Gates, il s'est
montré toujours fervent partisan du marché
mondial. Mais il en a surtout profité pour
annoncer le lancement de Windows 2000 en
organisant une conférence de presse devant
un parterre considérable de journalistes
économiques…