Plusieurs
raisons expliquent le retournement stratégique
de la politique étrangère russe. En Europe,
le Kremlin voit d'un mauvais œil l'élargissement
de l'Alliance atlantique et son renforcement
au lendemain de la crise du Kosovo. L'Organisation
du Traité de l'Atlantique Nord (Otan)
est perçue comme une menace persistante
sur l'influence russe dans son pré-carré
d'Europe de l'Est. Le nouveau concept
stratégique de l'Otan et son rapprochement
avec les Etats baltes, aux portes de la
Russie, ne plaît guère aux stratèges de
Moscou. Sur
la question du désarmement, le projet
américain d'un système national de défense
antimissile (NMD) pour faire des Etats-Unis
un sanctuaire a provoqué la colère des
Russes. Même si ce projet a pour l'instant
été repoussé par l'administration Clinton,
son existence est considérée par le Kremlin
comme une violation du traité russo-américain
de défense antimissile ABM de 1972. Face
à ce projet militaire américain, Vladimir
Poutine a bravé la menace d'une nouvelle
course aux armements. Enfin, cette nouvelle
doctrine de politique étrangère trouve
sa raison d'être dans la nécessité d'être
présent au Sud de la Russie. Pour Moscou,
la Transcaucasie et les Etats d'Asie centrale
jouent un rôle géopolitique majeur. Foyer
d'instabilité politique mêlant guerre
de religions et pétrodollars où s'entrecroisent
les intérêts de Washington, de Moscou
et des capitales européennes, cette région
est un véritable laboratoire de politique
étrangère. Face à l'influence croissante
des Américains et à la montée en puissance
de courants islamistes radicaux, le Kremlin
entend renforcer sa présence dans la région
à travers de nouvelles coopérations.
La
Chine et l'Inde, des partenaires précieux
Les
18 et 19 juillet 2000, le président russe
effectue sa première visite diplomatique
en Chine depuis son élection au Kremlin.
Cette rencontre bilatérale entre Vladimir
Poutine et Jiang Zemin a été l'occasion
de mettre en œuvre les nouvelles lignes
de la diplomatie russe. Moscou et Pékin
se sont rapprochés pour dénoncer le projet
américain d'un système national de défense
antimissile (NMD) et exercer une pression
diplomatique sur les Etats-Unis. Les deux
pays craignent la violation du traité
ABM de 1972 et la relance de la course
aux armements. La Russie et la Chine ont
également pu renforcer leur coopération
dans la région d'Asie centrale pour lutter
non seulement contre le terrorisme islamiste
mais aussi pour réduire l'influence américaine
dans une région considérée comme stratégique
pour ses ressources en hydrocarbures.
Après
le rapprochement diplomatique avec la
Chine, Poutine parvient à intensifier
les relations de son pays avec l'Inde
lors de sa visite le 3 octobre dernier.
La dernière venue d'un président russe
en Inde remonte à celle de Eltsine en
janvier 1993. Dans la droite ligne des
orientations de sa nouvelle politique
étrangère, le président russe signe avec
le premier ministre indien, Atal Bihari
Vajpayee, "une déclaration de partenariat
stratégique". Au cœur de ce nouveau partenariat
: le développement du commerce, de la
coopération technique et militaire et
le soutien de la Russie à la candidature
de New Delhi au Conseil de sécurité des
Nations unies. Le volet militaire est
aussi l'un des principaux ressorts stratégiques
de cette nouvelle coopération russo-indienne.
New Delhi s'est engagé à poursuivre la
modernisation de son potentiel militaire
par l'achat de matériels et de technologies
militaires russes.
Puissance affaiblie ballottée entre la
nostalgie du passé et la réalité du présent,
la Russie entend retrouver sa voix sur
l'échiquier diplomatique. Cette nouvelle
politique étrangère impulsée par Poutine
parviendra-t-elle à enrayer le déclin
inexorable de la Russie sur la scène internationale
?
Julien
Nessi